• Mercenaires (partie III)

    Mercenaires
    (partie III)

         Chapitre I  –


    Trishkell

    Mon Histoire NaNoWriMo, partie III

    L’aube se levait sur la vallée.

    Une brume épaisse stagnait sur la plaine en contrebas.

    Un homme, un genou à terre, essayait de percer le brouillard. Un bras posé sur sa cuisse, le regard fixe, il ressemblait à une statue.
    Aucun muscle ne bougeait. Pas un clignement de cil, pas un frémissement de paupière.
    Si ce n’est sa poitrine qui se soulevait lentement, profondément, et la buée qui s’échappait de sa bouche légèrement entrouverte.

    Autour de lui, le sol était jonché de pierres, certaines profondément enterrées, comme si un dieu avait jeté quelques cailloux dans le sable humide.
    L’herbe ondulait doucement sous la brise matinale.
    Malgré la fraicheur de ce mois d’automne, l’homme était torse nu.
     

    Ceint d’un pantalon de peau tannée maintenu par une ceinture à la boucle usagée, seuls ses tatouages noirs habillaient sa poitrine, ses bras et son ventre.
    Il devait ces marques à des rituels ancestraux, pratiqués dans sa tribu d’origine. Il les avait reçu lors de son passage à l’âge adulte.
    La douleur avait été insupportable. Mais grâce à elle et aux épreuves qu’il avait subi plus tard, il s’était endurci.
    Aujourd’hui, le froid glacial du petit matin n’avait aucune répercussion sur son corps, dont il savait maintenir la température, en toute circonstance.
    Il se redressa et croisa les bras.
    Son visage restait dur et indéchiffrable.
    Il avait un visage aranéen dont les pommettes saillaient. A vrai dire vrai, tous les os de son corps saillaient un petit peu. Il n’avait pas une once de graisse. La vie de nomade, dure et intransigeante, empêchait tout empâtement. Ses muscles fins et noueux épousaient les courbes de son corps à la perfection.
    Ses cheveux noirs, coupés courts et ébouriffés par la brise, encadraient des yeux tout aussi sombre. Personne ne s’était aventuré assez prêt pour en définir la couleur exacte.

    Une jambe entra dans son champ de vision.
    Son compagnon se pencha vers lui, essayant de percer la brume épaisse à son tour.

    -       Hum… murmura –t -il en crachant par terre. La journée va être intéressante.

    Marcus se redressa et croisa les bras sur sa poitrine sans rien dire.
    Ses compagnons avaient l’habitude de ses silences et attendaient rarement une réponse.
    Du bruit s’éleva dans son dos.
    Le camp s’éveillait. Il ne prit pas la peine de se retourner.
    Un petit vent frais commença à souffler, dispersant la brume.
    La vallée apparut alors que les rayons du soleil commençaient à poindre.
    On pouvait distinguer plusieurs tentes, des hommes qui montaient encore la garde, attendant que leurs compagnons d’arme se réveillent.
    Un autre homme rejoint Marcus et Lóin.

    -       Combien sont -ils ? demanda –t -il d ’une voix excitée.

    Lóin haussa les épaules.

    -       Il y a au moins… une cohorte, répondit -il sérieusement.

    Marcus fronça les sourcils : il n’y avait pas autant d ’hommes.

    -       Et il y a combien d ’hommes dans une cohorte ? s ’enquit Jadyk, dansant d’un pied sur l’autre.

    Lóin sembla réfléchir.

    -       Oh, au moins trois manipules…

    -       Hum…

    Jadyk paraissait perplexe.

    -       Et une manipule contient combien d ’homme ? continua -t- il, essayant de comprendre.

    -       Ben, environ deux centuries… De quoi nous occuper une bonne partie de la journée.

    Jadyk sourit. C’est ce qu’il voulait entendre. Il hocha la tête et repartit vers le camp.
    Marcus regarda Lóin, les sourcils froncés.
    Ce dernier fit l ’innocent.

    -       Quoi ? Il ne sait même pas compter de toute façon…

     
    Marcus, assit sur une bûche de bois, regarda le camp vaquer à ses occupations.
    Lóin aiguisait soigneusement sa lame, en préparation du combat à venir.
    Jadyk discutait avec Tholin, son inséparable compagnon. L’anecdote voulait qu’il soit presque frère, ou du moins, qu ’ils ne savaient pas s’ils étaient frères ou non.
    Ils venaient du même village, avait la même carrure et les mêmes yeux. Chacun était persuadé que le père de l’autre avait engrossé leur mère.
    Ayant tous deux des pères aux yeux bleus, ils ne purent jamais savoir qui était le père de qui.
    Mais en fin de compte, ils s’en fichaient. Ils s’entendaient comme deux frères, étaient fidèles l’un à l’autre plus qu’un couple marié, et ils savaient pouvoir mettre leur vie entre les mains de l’autre sans problème.
    Et autant leur physique était ressemblant, autant leur caractère différait.
    Jadyk était toujours en mouvement. Il ne savait pas s’arrêtait. Même assis, il fallait qu ’il bouge ses jambes, ses mains… ou sa bouche !
    Il était très difficile de l’arrêter. Il était énergique, et ne savais pas toujours comment dépenser cette énergie. C’e st une des raisons pour lesquelles il était extrêmement fort au combat : aucun de ses adversaire n’arrivait à le stopper.
    Tholin était plus posé, plus calme. C’était lui qui prenait les décisions pour les deux. Jadik lui faisait une confiance aveugle.

    Marcus soupira en pensant au combat à venir.
    Le pan de tissu d’une tente, à côté de lui, s’ouvrit. Calodan en sortit.
    Ce dernier croisa le regard de Marcus. Il hocha la tête.
    Calodan était très peu bavard. Il se dirigea vers le tonnelet d’eau froide, se pencha dessus, et s’aspergea le visage d’eau. Les gouttelettes collèrent sa chevelure blond clair sur son visage. Ça et là, quelques mèches plus foncées bataillaient avec des mèches blanches. Personne n’aurait su dire s’il était blond ou si ses cheveux étaient blancs de vieillesse. Ils étaient d’une couleur indéfinissable… comme le caractère de son propriétaire.
    Calodan releva la tête et étira son corps. Comme ses camarades, il était très musclé et noueux.
    Pieds nus, les bras croisés, il regarda la plaine alentours, pensif.
    Marcus n’aurait su dire à quoi il pensait. Au combat à venir, ou à sa propre existence de nomade mercenaire.
    De toute façon, cela ne l’intéressait pas.
    Calodan était un bon combattant, et un homme fiable sur qui il pouvait compter en cas de problème.
    L’homme se tourna et pendant quelques secondes, les premiers rayons du soleil jouèrent dans ses cheveux et révélèrent l’horrible cicatrice qui sillonnait son visage de l’arcade sourcilière droite à la pommette. Heureusement, la lame ennemie avait contournait l’œil de justesse.
    La cicatrice donnait un air sauvage à Calodan, d’autant plus que le sourire ne faisait pas partie de son répertoire.
    Marcus détourna le regard à l’approche de son plus fidèle compagnon : Kedaron.
    Ils se connaissaient bien avant de devenir mercenaires. Kedaron connaissait une partie de son noir passé. Ce dernier lui tendit un gobelet de terre cuite, contenant un breuvage brûlant.
    Marcus prit la tasse, en hochant la tête et but une gorgée. Une grimace anima alors son visage d’ordinaire si serein. Kedaron était le seul à faire un thé aussi dégoutant.

    -       Que mets-tu là- dedans pour que ça soit aussi affreux ?

    Kedaron sourit. Il était habitué à ce genre de critique. Il faisait souvent le thé.

    -       Est-ce qu’on a une chance ? demanda- t- il, sans prendre la peine de répondre à son compagnon.

    Marcus haussa les épaules.

    -       Autant que d’habitude…

    Kedaron hocha la tête.
    « Autant que d’habitude » voulait dire qu’ils allaient, encore une fois, se battre à un contre dix.
    Il n’avait pas peur du combat à venir, ni même de la mort.
    Il avait été élevé dans la perspective que tout être meurt un jour, et que ce n’était pas triste. C’était la vie, un point c’est tout. Il ne croyait pas spécialement en un dieu, même si ses parents avaient essayé de le convertir lorsqu’il était enfant. Sa seule foi était envers lui-même. Il connaissait ses capacités et ses chances. Il ne doutait absolument pas de sortir vivant du futur affrontement.
    Par contre, il détestait perdre son temps.

    -       Es- tu sûr que c’est la seule solution ?

    Marcus fronça les sourcils, étonné par le peu de conviction de son compagnon.
    Éloignant la timbale de sa bouche, il désigna les montagnes sur sa droite, au nord est.
    Kedaron les observa. Elles étaient immenses, couvertes de neige et infranchissable en cette saison presque hivernale.
    Marcus montra ensuite un point, au nord. Les Gorges d’Abergly. Infranchissable également… à moins de savoir voler.
    L’homme se leva ensuite, et fixa le petit village, loin en contrebas, dans la vallée.

    -       Ce village est le dernier où nous pourrons nous approvisionner, avant la grande chevauchée. Et nous avons besoin d’autre chose ici… rajouta -t- il, vague.

    Kedaron soupira.
    Ce que son compagnon appelait « la grande chevauchée » était en fait un long voyage qui les mènerait, au péril de leur vie, trouver la paix dans les plaines fertiles du nord est.
    Ils guerroyaient tous les six depuis de trop longtemps. Aujourd ’hui, ils voulaient tous abandonner les champs de bataille et se ranger dans une vie plus calme.
    Au cours de ces dernières années, ils avaient accumulés assez d’or et de richesse pour vivre comme des princes jusqu’à la fin de leur jour.

    -       Et tu penses qu’il va leur rester beaucoup de choses avec le siège de cette armée. Ils doivent camper devant chez eux depuis des jours… si ce n’est des semaines !

    Marcus secoua la tête.

    -       Ne t’inquiète pas pour eux. Leur sous-sol regorge de grottes et de passages cachés. Je suis sûr qu’ils ont continué à recevoir des vivres pendant tout le siège.

    Kedaron fronça les sourcils.

    -       Et pourquoi on n’utiliserait pas ces passages pour traverser ? demanda-t-il étonné. Ça me paraît plus sûr que d’affronter cette centaine d’homme…

    -       Ils sont presque trois cents, rétorqua Marcus, pragmatique.

    -       Hum… trois cents… pourquoi pas. On a vu pire…

    -       On n’a jamais eu pire…

    Kedaron jeta son reste de thé dans le feu, agacé.

    -       Tu devrais être un peu plus encourageant. Ça mettrait du baume au cœur…

    Marcus le laissa s’éloigner sans rien dire. Il n’était pas dans ses prérogatives d’être arrangeant.
    Il n’avait jamais été très diplomate, ça ne commencerait pas aujourd’hui. C’était d’ailleurs un peu pour cela qu’il ne livrait jamais beaucoup de lui- même.
    Il retourna observer la plaine.

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