• Les Chroniques de Vérité Livre I : Initiation

    Les Chroniques de Vérité
    Livre I : Initiation
    (intégrale chapitre 1)

     

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    Les coups de bâtons résonnaient dans toute la vallée.
    Rema pressa le pas.
    Arrivée en haut de la colline, elle embrassa le paysage du regard.
    Le spectacle qu’elle avait devant les yeux la ravit et son cœur s’emballa d’excitation.

     

     

     

    Reprenant sa respiration, elle essuya, d’un revers de sa manche, son front couvert de sueur, ébouriffant au passage ses légers sourcils acajou.
    Elle passa une main rapide dans ses cheveux auburn pour domestiquer les mèches folles qui ne manquaient pas de rebiquer. Quelques cheveux tombèrent sur ses yeux bleu sombre et elle souffla pour les écarter. Rien à faire, ils retombèrent. D’un geste agacé, elle cala la mèche derrière son oreille, et dégringola la pente à toute vitesse.

    L’arène mesurait environ cent pieds de diamètre. Des piliers de bois étaient plantés tout autour, de manière régulière, pour en délimiter le périmètre. Au centre, un cercle plus petit était dessiné à la craie blanche. Neuf pieds. Tel était l’espace de combat à ne pas dépasser, sous peine de perdre… son honneur.
    Rema approcha de l’enceinte, et s’appuya contre un poteau, observant les deux hommes aux cheveux bruns qui combattaient.
         - Prête à prendre ta revanche ? murmura une voix à son oreille.
    La jeune femme fut parcourue d’un frisson agréable et sourit.
         - Plus que jamais, répondit-elle lentement, tout en continuant à contempler le spectacle.
    Celui qui se tenait derrière elle fit claquer sa langue et tapa deux fois sur un pilier avec son propre bâton.
    Rema se prépara au combat : elle ajusta ses jambières et ses coudières et enfila des gants de cuir sans doigt.
    Les deux hommes sortirent de l’arène, essoufflés, et firent un signe de tête à la jeune femme. Rema les salua à son tour.
    L’homme qui murmurait, une minute plus tôt, à son oreille, se plaça dans le cercle blanc.
    La jeune femme l’observa un instant.
    Bregën avait des cheveux bruns, qui descendaient un peu sur les tempes, et qui encadraient des yeux gris foncé. Une barbe de trois jours ombrait ses joues et lui donnait un air farouche. Son visage, au teint mat et buriné, était surmonté d’arcades sourcilières légèrement proéminentes et de sourcils noirs un peu épais. Cela lui donnait du caractère, renforcé par sa mâchoire carrée, son nez busqué et ses rides d’expression sur le front.
    Des lèvres plutôt fines et une fossette au menton adoucissaient son regard sombre.
    Finissant son examen, la jeune femme s’avança, le long bâton de combat posé en travers des épaules. Un demi-sourire aux lèvres, Bregën la regarda avancer, appréciant son balancement de hanches.
    Rema se mit en garde, bâton en avant, fléchissant légèrement les jambes.
    Bregën fit de même, collant son arme contre la sienne.
    Quelques secondes plus tard, les claquements de bois résonnaient à un rythme soutenu.
    Rema attaquait sans cesse, avançant de plusieurs pas, obligeant son compagnon à reculer.
    Ce dernier s’arrêta, le pied sur la ligne blanche, et se baissa pour éviter un coup.
    La jeune femme fut déséquilibrée par le coup dans le vide qu’elle avait donné de toutes ses forces.
    D’un mouliné du bras, Bregën en profita pour frapper ses mollets.
    Rema s’effondra dans la poussière.
    D’un coup de pied, l’homme écarta son bâton, et posa le sien sur sa poitrine qui se soulevait au rythme de sa respiration saccadée.
         - Tu as perdu, lança-t-il d’un air taquin.
         - Hum… fit Rema en souriant.
    Avant qu’il ne puisse réagir, la jeune femme avait ramené son pied derrière sa jambe et tiré un grand coup.
    Son genou ploya sous le choc et Bregën tomba les mains en avant. Son bâton manqua de peu la tête de la jeune femme et l’homme s’écroula sur elle.
    Sans attendre une seconde, Rema enroula sa jambe gauche autour de celle de son compagnon et passa son bras, gauche également, autour de son épaule tout en ramenant sa main sur sa poitrine.
    D’un coup sec, elle tira et Bregën bascula sur le dos sans avoir eu le temps de reprendre sa respiration.
    Elle se hissa alors sur lui, son bâton déjà en main et appuyait sur sa gorge.
    Le temps resta suspendu un instant.
    Les deux combattants se fixèrent quelques secondes, puis Bregën sourit lentement.
         - Tu as gagné… cette fois, fit-il doucement, les mains sur sa taille, comme pour la repousser.
    La jeune femme desserra la pression qu’elle exerçait sur sa gorge.
         - Je gagne souvent, fit-elle remarquer.
         - Hum…
    Bregën serra un peu plus les mains sur la taille de la jeune fille.
    Cette dernière se rendit alors compte de la proximité de leurs deux corps.
    Un frisson parcourut son échine.
    Bregën arqua un sourcil narquois.
         - Tu as froid ? demanda-t-il innocemment.
         - Hum ! lança Rema hautaine. Ne te crois pas irrésistible !

    Le soleil se levait lentement, inondant la plaine de sa lueur rougeoyante.
    Rema regarda derrière elle. La forêt perdait son côté sombre et dangereux à l’approche de la lumière.
    Devant elle, l’étendue herbeuse descendait jusqu’au pied du village, qui se trouvait légèrement en contrebas.
    La jeune femme dévala la pente à toute allure.
    Elle était en retard, une fois de plus.
    Arrivée en bas, Rema s’assit sur le rebord qui surplombait le chemin d’une hauteur d’homme. Lestement, elle sauta sur le sentier. La rosée du matin avait humidifié la terre, empêchant ses lourdes bottes de déplacer la poussière qui recouvrait le chemin.
    Le raccourci lui ferait gagner plusieurs minutes.
    Le sentier formait un S, et lorsqu’elle tourna, elle aperçut les premières chaumières.
    La jeune femme s’arrêta un instant pour lisser sa tunique éburnée, et épousseter son pantalon vert céladon. Elle plaqua un sourire de circonspection sur son visage, puis rejoignit la foule qui traversait le village.

    Comme chaque matin, les habitants du village s’agenouillèrent face au levant pour  murmurer des prières silencieuses.
    La cérémonie ne durait pas longtemps, mais ne pas y assister était singulièrement désapprouvé.
    Rema s’agenouilla avec les autres et fit mine de prier.
    Elle n’était pas particulièrement croyante. Mais elle était née ici, et se devait de suivre les rituels. Ses parents l’avaient élevé ainsi, dans le respect des traditions. Leur mort ne changerait rien.
    Rema se surprit à ne plus ressentir de tristesse face à ce souvenir. Tant d’années avaient passées. Elle était adulte maintenant. Elle avait appris à vivre seule.
    Elle sentit quelqu’un s’agenouiller à ses côtés, et tourna la tête pour rencontrer un regard noisette pétillant de malice.
         - Tu as failli être en retard… chuchota le jeune homme aux cheveux bouclés.
    Rema haussa les épaules sans répondre.
         -    Tu t’es encore entraîné, n’est-ce pas ? remarqua l’autre en plissant les yeux.
         -    Cela te regarde-t-il, Palàn? siffla Rema, le regard furieux.
    Non loin d’eux, quelqu’un se racla la gorge pour leur imposer le silence.
    Les deux jeunes gens baissèrent la tête.
         -    Tu ne devrais pas avoir à faire cela, chuchota Palàn. Pourquoi t’entraîner à te battre ? Avec une épée, qui plus est !
         -    Je suis une femme seule, murmura Rema. Il faut que je sache me défendre…
         -    Tu n’en aurais pas besoin si tu m’épousais…
    Cette dernière phrase avait été déclamée si doucement que la jeune fille douta de l’avoir entendu.
    Elle se tourna vers l’homme. Il était grand, quand il n’était pas à genoux pour prier.
    Ses cheveux bouclés avaient la couleur des feuilles mortes, d’un brun chaud et doux. Ses yeux étaient pailletés d’or. Palàn avait un menton volontaire et un visage carré, dominé par un nez large et légèrement plat. D’un certain point de vue, il était séduisant.
    Mais Rema n’était pas amoureuse de lui.
    Et cela changeait tout.
         -    Désolée Palàn, dit-elle en secouant la tête. On en a déjà discuté…
         -    Je sais, je sais ! coupa le jeune homme, en colère.
    Rema fronça les sourcils, désapprouvant son éclat.
    Palàn soupira, et secoua la tête.
         -    Tu pourrais apprendre à m’aimer… ? dit-il une lueur d’espoir dans le regard.
    La jeune femme le regarda sans rien dire.
    Il y eut un mouvement dans la foule, empêchant le jeune d’argumenter plus avant.
    La prière du matin était finie.
    Rema s’arrangea pour filer discrètement.
    Palàn la regarda s’éloigner, se demandant si, un jour, elle accepterait.
    Il commençait à en douter.

    La maison était silencieuse. Vide.
    Rema bougea sur sa chaise. Le bois craqua.
    La jeune femme posa les coudes sur la table et mit son visage dans ses mains.
    La lumière du jour commençait à décliner. Aucun feu ne crépitait dans la cheminée, pour réchauffer la pièce.
    La jeune femme laissa échapper un soupir de lassitude.
    Elle se sentait vide, sans avenir.
    La vie au village n’avait aucun attrait pour elle.
    Récolter son maigre jardinet, vendre les fruits et légumes au marché pour vivre. Il n’y avait rien d’intéressant à cela.
    Ses parents, emportés deux printemps auparavant par une mauvaise fièvre, amenaient toute la gaieté. Mais il n’était plus là maintenant.
    Les idées vagues, elle décida d’aller s’entraîner un peu, avant que la nuit soit tombée.
    L’exercice lui ferait du bien, et l’empêcherait de ressasser ses sombres pensées.
    Elle saisit un petit fourreau, accroché à côté de la porte et qui protégeait une épée courte et légère. Elle était de manufacture assez simple. La poignée était recouverte de lacets de cuir assez larges. La lame était finement ciselée et recouverte d’arabesques.
    Elle grimpa la colline d’un pas rapide pour échauffer ses muscles.
    Arrivée en haut, elle se dirigea vers un arbre mort, pourtant toujours en terre. La foudre avait eu raison de lui, mais les éléments ne l’avaient pas encore totalement détruit.
    Rema dégaina son épée et commença à frapper. Elle savait qu’avec ce genre d’entraînement, elle ne serait jamais une escrimeuse hors pair, mais elle voulait pouvoir se défendre habilement. Elle essayait surtout de manier son épée avec finesse, et de le faire avec chaque main.
    La nuit était presque descendue sur la vallée quand la jeune femme s’arrêta.
    Elle s’assit, haletante, sur un gros rocher, et regarda l’obscurité envelopper le petit village.
    Un jour, c’était sûr, elle partirait. Elle avait pris sa décision. Elle n’épouserait pas Palàn. Elle ne resterait pas ici, à vivre et vieillir sans avoir rien connu d’autre.
    Forte de sa décision, la jeune femme rangea son épée, et partit en direction des chaumières.

    La cloche sonna en pleine nuit.
    Les gens sortirent, hagard, les yeux encore embrumés de sommeil pour voir ce qu’il se passait. Cela faisait des années que la cloche n’avait pas sonné. La dernière fois, c’était lors de l’invasion  des loups.
    Rema s’était habillée en vitesse d’une tunique crème qui lui arrivait à mi-mollet. Elle avait enfilé ses bottes à la hâte sans les attacher jusqu’en haut, si bien que le cuir retombait sur ses chevilles nues.
    Armée de sa petite épée, elle avança dans le village et se joignit à la foule.
    Palàn arriva peu après et la fixa, subjugué par ses rondeurs féminines, à peine cachées par son habit de coton.
         -    Que se passe-t-il ? demanda la jeune femme sans faire attention au regard de son ami.
    Palàn détourna les yeux et haussa les épaules.
         -    Les chasseurs reviennent… expliqua-t-il
         -    Et on fait tout ce boucan pour ça ?! En plein milieu de la nuit ?! s’exclama Rema mécontente. Quelle bande d’imbéciles, maugréa-t-elle, tournant les talons pour repartir se coucher.
    Les chasseurs passèrent devant elle à ce moment-là. Six hommes, d’une carrure impressionnante. `
    Tous barbus et sales d’avoir passer plusieurs jours en forêt à traquer le gibier. Ils étaient lourdement armés, prêts à se défendre contre quelques bêtes féroces.
    Rema recula légèrement. Elle n’aimait pas côtoyer ses personnes. Elle les trouvait grossiers et sans aucun attrait.
    Comme pour lui donner raison, l’un d’eux la bouscula sans ménagement et la jeune fille s’étala dans la poussière. Toujours à terre, elle se retourna furieuse pour invectiver l’homme. Son regard croisa alors celui de la plus improbable des créatures.
    La jeune femme resta muette de surprise. Pendant ce qui lui parut des heures, les deux êtres s’observèrent en silence.
    La créature n’était pas très grande. Peut-être à cause de son dos légèrement voûté. Sa tête était très ronde et doucement aplatie sur la face. Deux globes lumineux, d’un bleu céruléen occupaient une grande partie du visage. Un nez court et droit, et une petite bouche humaine complétaient le tableau.
    Rema observa l’être à la peau imperceptiblement translucide, d’un vert doux tirant légèrement vers le jaune.
    Elle n’avait jamais vu de créature semblable, mais elle savait que d’autres êtres existaient, différents des humains. Elle en avait entendu parler. Ses parents prenaient plaisir à lui raconter ces légendes, quand elle était petite.
    Il y eut un mouvement de foule et Rema revint à la réalité, persuadée d’avoir partagé plus qu’un regard avec la créature.
    Une femme cria et se signa.
    Les chasseurs continuèrent leur chemin.
         -    Est-ce que ça va ? demanda Palàn
    Rema regarda son ami, le regard flou et se releva.
         -    Hum… oui, ça va… fit-elle distraitement.
    La jeune femme frotta ses mains poussiéreuses et s’éloigna.

    La mort rôdait. Le mal régnait. Les odeurs de la guerre arrivèrent jusqu’à ses narines.
    Rema gémit dans son sommeil, sans se rendre compte qu’elle rêvait. Pour elle, tout cela était très réel.
    Elle se voyait, dressée sur un cheval bai, tout en haut d’une colline, dominant le massacre sans pouvoir l’arrêter.
    L’armée des Nécromanciens avançait. Ils étaient nombreux. Trop nombreux pour être combattus. La jeune femme sentit l’impuissance lui nouer les entrailles.
         -    Nous n’avons aucune chance…
    Les mots avaient été prononcés doucement, avec résignation. Une voix d’homme.
    Rema tourna la tête et croisa le regard d’un homme brun sans âge.
    La jeune femme ne l’avait jamais vu, pourtant elle le connaissait.
    Ancrée entre rêve et réalité, la jeune fille ne savait plus faire la part des choses.
    La guerre était là, à ses pieds. Pourtant, elle sentait qu’elle n’était pas vraiment présente.
    Elle se retourna dans son lit, retenant un sanglot.
         -    N’oublie pas ce qui peut arriver, continua l’inconnu dans son rêve. Cette guerre n’est pas encore là, mais de ton choix en dépendra l’issue...
    Rema ouvrit grand les yeux.
    Il faisait encore nuit. Elle était au fond de son lit. Et elle avait rêvé. Rien de tout cela n’était réel.
    Alors pourquoi les paroles de l’homme résonnaient-elles encore à ses oreilles ?
    La jeune femme s’installa sur le dos et passa les mains derrière sa tête.
    « Un mauvais rêve, pensa-t-elle. Rien d’autre. »
    Elle se rendormit sur cette pensée.

    La nouvelle fit le tour du village en peu de temps. Les gens s’entassaient sur la place principale, espérant voir cet être maléfique. Malheureusement pour eux, la créature avait été enfermée, et personne ne put la voir.
    Au matin, quand Rema s’éveilla, après sa nuit difficile, faite de cauchemars et de morts, elle eut la stupéfaction de constater qu’un bûcher avait été construit pendant la nuit.
    La condamnation à mort était immédiate et sans recours.
    La jeune femme secoua la tête de dépit.
    Pouvait-on être aussi excessif ? Pouvait-on commettre un acte aussi démesuré ?
    Elle essaya de convaincre les villageois que la créature n’était pas forcément malintentionnée. Qu’on ne pouvait pas condamner quelqu’un sans aucune raison valable.
    On lui rétorqua que cette créature n’était pas « quelqu’un », mais plutôt « quelque chose ». Qu’elle n’obéissait pas aux lois humaines, et que par conséquent, elle était dangereuse.
    Personne ne se rangea de son côté. On la traita même avec grossièreté.
    Rema ne réussit à convaincre personne.

    La cabane semblait déserte.
    Les rayons du soleil frappaient plein fouet sur le toit de chaume. Il devait faire une chaleur épouvantable dedans.
    Rema, caché par un gros chêne centenaire, regardait le cabanon.
    Elle se retourna, les sangs en ébullition, et s’assit, le dos appuyé contre le tronc.
    L’écorce rugueuse de l’arbre n’était pas très confortable. La jeune femme pivota de nouveau, et observa la chaumière, l’esprit tourmenté. Tout au fond d’elle, elle avait mal. Elle ressentait une douleur sourde, mais profonde. Quelque chose qu’elle n’aurait pas dû ressentir. Une douleur qui ne lui appartenait pas.
    La cabane était située un peu à l’écart du village. Il n’y avait personne dans les alentours. Tout le monde était parti manger.
    Rema prit son courage à deux mains, cala l’outre sous son bras et se dirigea vers la maisonnette.
    Plus elle approchait, plus elle sentait ses pensées tourbillonner. Il lui sembla entendre des murmures dans le vent. Pourtant, le temps était calme. Pas une brise ne venait rafraîchir l’air chaud de ce moment de la journée.
    Les doigts sur la poignée, la jeune femme hésita. Son cœur battait à tout rompre, la paume de ses mains était moite. Sa tête lui disait de fuir à toutes jambes, mais ses membres ne voulaient pas lui obéir.
    La porte s’entrouvrit enfin, et la jeune femme entra.
    Il faisait très sombre à l’intérieur. Il lui fallut plusieurs minutes pour s’habituer à l’obscurité.
    Enfin, le voile se leva et la jeune femme put examiner la pièce.
    La cabane était plus grande qu’elle n’y paraissait. Tout en longueur. Elle ressemblait d’ailleurs plus à une écurie, qu’à une maison à vivre.
    Contre l’un des murs, il y avait trois cellules, plus ou moins grandes, faites de barreaux métalliques. Le sol était recouvert de paille.
    La créature était enfermée dans l’une d’elles.
    Rema s’approcha lentement et s’accroupit devant la porte en se tenant aux barreaux.
    La créature leva vers elle des yeux tristes et accablés.
    Rema sentit son cœur se serrer. Pour une raison inconnue, elle se sentait proche de cet être, « en phase » avec elle.
    Doucement, elle prit sa gourde et la tendit. Avec la chaleur qu’il régnait, la créature devait avoir soif !
    Rien ne passa. L’autre ne fit pas un geste. Elle continuait à fixer Rema de ses grands yeux globuleux.
    La jeune femme soupira, contrariée.
    Elle allait retirer sa main, passée entre les barreaux, quand la créature eut un geste fulgurant.
    Avant d’avoir pu réagir, son avant-bras fut emprisonné dans une poigne d’acier, et pourtant très douce.
    La jeune femme, horrifiée, regarda la main verdâtre aux trois longs doigts s’enrouler autour de son bras.
    Incapable de bouger, elle leva des yeux inquiets vers la créature. Cette dernière, penchée en avant, semblait humer l’air, la tête légèrement inclinée.
    L’outre, tombée à terre, se dégonflait au fur et à mesure que l’eau s’en échappait.
    La créature approcha son visage des barreaux. Rema essaya de reculer, mais toujours retenue, elle ne put rien faire.
    La créature ouvrit la bouche :
    -    Aidez-moi…
    La voix était gutturale, sifflante. Et pourtant très mélodieuse.
    Rema ouvrit de grands yeux étonnés.
    -    Je… j… je ne peux pas, bégaya-t-elle.
    La créature abaissa des paupières pareilles à des palmures, légèrement bleutée. Ce qui lui donna un air suspicieux.
    Rema restait pétrifiée.
    La chose prit alors une profonde inspiration. La jeune femme crut qu’elle allait parler, mais aucun son distinct ne sortit de sa bouche.
    Quelques secondes plus tard, elle psalmodia dans une langue incompréhensible.
    Rema sentit l’air, autour d’elle, se rafraîchir considérablement. Une petite brise s’éleva, qui la fit frissonner.
    La jeune femme sentit son bras lui picoter, à l’endroit où la créature la maintenait. La chaleur devint vite intense, contrastant avec la fraîcheur de l'endroit.
    -    Non… murmura-t-elle apeurée.
    La créature continuait à déclamer son obscure oraison.
    À ce moment-là, quelque chose changea. Rema se sentit transporter, subjuguer par une force inconnue. Elle retint sa respiration et regarda, impuissante, son bras se colorer d’arabesques noires.
    Les tatouages semblaient venir de la créature et couler à travers son corps jusqu’à sa main pour passer ensuite dans le bras de la jeune fille.
    Bientôt, ils envahirent tout son corps.
    Puis le silence retomba.
    La créature émit une plainte sifflante et s’effondra, lâchant Rema du même coup.
    La jeune femme s’écroula à son tour, abasourdie, incapable du moindre geste.
    Quand elle reprit ses esprits, elle se dégagea vivement et recula.
    Le bras de la créature retomba, inerte. Le petit être à la peau verte semblait évanoui.
    Rema se releva péniblement. Épouvantée, elle regarda, les tatouages qui recouvraient ses bras et  ses jambes. Elle souleva sa chemise avec précaution, craignant le pire. Sa peau hâlée était, ici également, recouverte d’arabesques noires.
    La jeune femme ferma les yeux, et porta la main à son front. S’il n’y avait pas eu le mur pour la retenir, elle serait tombée une seconde fois.
    Puis la panique arriva. Il fallait à tout pris qu’elle s’en aille.
    Si on la surprenait ici, elle risquait d’avoir de gros ennui, et de finir sur le bûcher avec la créature. Surtout si on apercevait ses tatouages.
    Et comment ne pas les remarquer ?
    La jeune femme se leva, les jambes flageolantes, et se dépêcha de sortir, sans un regard en arrière.
    Dehors, l’obscurité avait presque tout recouvert.
    Rema fronça les sourcils. Pourquoi faisait-il si sombre, alors que l’après-midi avait à peine commencé ? Elle leva les yeux vers le ciel et vit que le soleil était obscurci par un autre astre.
    « Une éclipse, pensa-t-elle. »
    Elle n’en avait jamais connu, mais elle en avait entendu parler.
    Elle entendit quelques cris, au loin. Les gens du village s’inquiétaient.
    Pour eux, cette éclipse était signe que les Dieux étaient mécontents. Un grand malheur allait arriver, selon eux.
    Rema rentra chez elle rapidement. Heureusement, l’obscurité dissimulait en partie les marques qu’elle avait sur le corps. Elle essaya néanmoins d’éviter de croiser qui que ce soit.
    Arrivée devant sa maison, elle passa le seuil rapidement, referma la porte derrière elle, et s’appuya contre le battant, en soufflant.
    Quelques secondes plus tard, Palàn tambourinait à sa porte.
    Rema sursauta.
         -    Oui ?
         -    C’est moi, Palàn ! Ouvre-moi !
    Elle regarda fébrilement à droite et à gauche.
         -    Une seconde, lança la jeune fille paniquée.
    Elle finit par attraper une houppelande dont elle rabattit le capuchon sur sa tête, et ouvrit la porte.
         -    Tu vas bien Rema ? Où étais-tu passée ? Ça fait des heures que je te cherche !
    Palàn l’avait bousculé pour rentrer. Il regardait partout comme s’il s’attendait à voir quelqu’un sortir des placards.
         -    J’étais en forêt… répondit vaguement Rema, gardant les yeux baissé.
         -    Hum…
    Le jeune homme regarda Rema attentivement.
         -    Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il suspicieux.
         -    Non non ! réfuta vivement son amie. C’est juste cette éclipse qui m’inquiète… dit-elle, espérant qu’il ne se douterait de rien.
    -    Ah oui, ça… Tous les vieux du village pensent que c’est la fin du monde, se moqua-t-il, rieur. Imagine le fouillis qui règne !
    Rema hocha la tête sans rien dire. Elle cherchait un moyen de l’amener à partir quand il prit les devants :
         -    Tu seras-là, ce soir, pour l’exécution ? Je t’attendrais à la fontaine, dit-il sans lui laisser de temps de répondre.
         -    Heu… oui… très bien… à ce soir, bredouilla la jeune femme, soulagée qu’il ne l’interroge plus avant.
    Une fois Palàn sorti, elle s’assura que la porte était bien fermée. Elle tira les rideaux aux fenêtres, et se déshabilla.
    L’image que lui renvoya le miroir la fit frémir.
    Son corps était totalement recouvert d’arabesques. Elles couraient le long de ses jambes et de ses bras, s’enroulaient autour de son ventre, glissaient le long de son dos. Même son visage n’était pas épargné. Deux croissants de Lune remontaient sur ses mâchoires et disparaissaient derrière ses oreilles.
    Comment allait-elle camoufler cela ?
    Accablée, elle s’assit sur son lit. Les yeux fixés au sol, elle laissa ses pensées dérivées.
    Au bout de plusieurs minutes, la fatigue l’obligea à s’allonger et à sombrer dans l’oubli.

    L’homme brun était tourné vers elle. Cette fois-ci elle voyait bien son visage.
    Il avait des cheveux mi-longs châtains, qui ondulaient sur ses épaules. Son visage était marqué par les années, pourtant son regard restait teinté de jeunesse. Ses yeux noisette en amande, étaient légèrement enfoncés dans les orbites. Il avait un long nez droit.
         -    Tu dois empêcher cela, lui disait-il.
    Mais Rema ne comprenait pas de quoi il voulait parler. Fronçant les sourcils, elle regarda autour d’elle. Elle se trouvait sur la même colline que la dernière fois, sur le même cheval.
    Et la même guerre se déroulait à ses pieds.
    L’odeur du sang monta à ses narines, au point de lui donner envie de vomir.
    L’homme s’était penché sur son cheval pour rapprocher son visage du sien.
         -    Nous n’avons aucune chance contre les Nécromanciens, dit-il.
         -    Que puis-je faire ?! demanda Rema, désespérée, ne comprenant toujours pas ce qu’elle faisait dans cette histoire.
    L’homme était tout proche quand il murmura :
         -    Accepte le don… N’aie pas peur de ce que tu verras. Choisis ta destinée…
    Sur ces paroles étranges, l’inconnu disparut, remplacé par quatre sombres cavaliers.
    Rema eut un mouvement de recul.
    Il se dégageait d’eux un mal absolu.
    Le premier, qui montait un cheval blanc, portait un arc à la main.
    Le cavalier du cheval aubère avait une épée à la main.
    Rema ne voulu rien voir d’autre et chercha à se cacher. Elle regarda autour d’elle.
    Elle était dans une forêt, envahie par brume. Mais avant qu’elle ait pu trouver un endroit où se dissimuler, les cavaliers passèrent devant elle à toute vitesse, sans même la regarder. Elle eut à peine le temps d’apercevoir les deux derniers sur leurs chevaux noir et albinos.
    Ils passèrent si près qu’elle tomba en arrière, dans un fossé. Sa tête heurta une pierre et elle fut enveloppée par les ténèbres.

    Rema se réveilla brutalement en heurtant le plancher.
    Grincheuse, elle se releva en marmonnant. Elle était plus fatiguée qu’avant.
    « A quoi bon avoir dormi ?! » se demanda-t-elle, de mauvaise humeur.
    Elle râla de plus belle quand elle constata que la nuit était tombée. Palàn devait certainement l’attendre depuis un bon moment.
    La jeune femme se dépêcha de le rejoindre sur la place du village.
    Quand elle arriva au détour des maisons qui entouraient l’esplanade, elle vit l’énorme bûché.
    Les longues flammes léchaient le bois, montés en pointe.
    Rema s’arrêta, fascinée et horrifiée à la fois. De l’endroit où elle se trouvait, elle sentait déjà la chaleur du brasier.
    La jeune femme mit quelques secondes à comprendre que la créature était sûrement déjà morte.
    Attristée de ne pas avoir pu la voir une dernière fois, elle était en même temps soulagée de ne pas avoir eu à affronter la montée à l’échafaud.
    Elle regarda un instant les chasseurs qui discutaient entre eux, puis tourna la tête quand un brouhaha se forma.
    Les villageois se poussèrent pour laisser passer quatre cavaliers vêtus de noir.
    Épouvantée, Rema reconnut en eux les cavaliers de son rêve. Elle recula d’un pas, submergée par un mauvais pressentiment.
    Des éclats de voix se firent entendre près du bûcher.
    La jeune femme vit un des chasseurs brandir un couteau. Il fut décapité quelques secondes plus tard.
    Retenant un cri d’horreur, la jeune fille recula de plus belle, sans pouvoir détacher son regard de la scène irréelle qui se déroulait sous ses yeux.
    Les cavaliers étaient la mort incarnée. Ils semaient la désolation sur leur passage.
    Munis d’arcs et d’épées, ils massacrèrent les habitants du village un à un, les traquant jusque dans leur maison.
    Rema comprit vite qu’il lui fallait s’enfuir si elle ne voulait pas mourir elle aussi.
    Tournant les talons, elle prit ses jambes à son cou.
    Elle laissa le bûcher loin derrière elle, mais même à cette distance, elle entendait encore les cris de peur et d’agonie des villageois.
    Elle déboula dans sa maison à toute vitesse, manquant d’arracher la porte au passage, attrapa sa petite épée et sa houppelande et ressortit.
    Elle s’arrêta net en apercevant le brasier rougeoyant s’élever au-dessus des maisons.
    Une insupportable odeur de chair brûlée envahit ses narines.
    Submergée par la nausée, Rema porta la main à sa bouche.
    Son cœur manqua un coup quand elle repéra un cavalier se dirigeant vers elle.
    La jeune femme s’enfuit, sautant la barrière de son petit jardin et courut vers la forêt. Espérant être assez rapide, Rema grimpa la colline à bout de souffle.
    Un coup d’œil derrière elle lui apprit que le cavalier l’avait pris en chasse.
    Elle avait une certaine avance, mais le cheval galopait vite. Les derniers mètres furent les plus durs. Puis, elle se retrouva à l’abri des grands sapins.
    Cachée entre les branches, elle essaya de reprendre une respiration normale.
    La nuit était tombée, et la lune éclairait doucement le paysage.
    Le cavalier arriva. Il ralentit et chercha la fugitive du regard.
    Rema put le dévisager en détail. Sa peau était craquelée, comme desséchée, voire morte par endroits. Il avait le visage émacié et pâle d’un mort.
    La jeune femme frissonna en croisant son regard vitreux, à l’aspect laiteux.
    Elle recula doucement, incertaine.
    L’avait-il vu avec ces yeux aveugles ?
    Une branche craqua. La jeune femme grimaça.
    L’homme plissa les yeux et se dirigea vers elle.
    Rema n’attendit pas la confrontation et s’échappa. Elle courut là ou ses jambes la portaient.
    Sans destination précise. Elle avançait. Aussi vite que possible, zigzagant entre les arbres, essayant vainement de semer son ennemi.
    Rien n’y fit.
    Il était très rapide et son cheval très adroit à se faufiler entre les branches.
    Désespérée, Rema courut droit vers la falaise qu’elle savait être derrière la forêt, au nord.
    Elle pensait pouvoir s’agripper aux rochers et se cacher dans une des multiples cavernes creusées dans la roche.
    Mais lorsqu’elle arriva, elle eut d’abord à traverser la clairière qui bordait la falaise.
    Le cavalier la rattrapa à ce moment-là.
    Rema se retourna à l’instant où l’homme levait sa lourde épée. La jeune fille plongea pour éviter le coup et trébucha lourdement.
    Le nez dans l’herbe humide, elle leva les yeux.
    Le cavalier avait mis pieds à terre.
    La jeune femme se redressa promptement, et sortit maladroitement son épée.
    L’homme la regarda faire sans qu’aucune émotion ne transparaisse sur son visage.
    Rema sentait la douleur sourde de la peur former une boule dans son estomac.
    Le cavalier avança.
    La jeune fille recula jusqu’à se retrouver au bord du précipice. Un coup d’œil dans son dos lui apprit qu’elle était au bout du chemin. Sous son pied, la roche s’effrita et quelques pierres tombèrent dans les eaux noires et tourbillonnantes du fleuve Telperiën en contrebas.
    La jeune femme prit courageusement son épée à deux mains, avança d’un pas et fit face à son adversaire.
    L’homme marcha vers elle, leva son épée et frappa.
    Rema para le coup comme elle le put. Elle esquiva plus qu’elle ne contra d’ailleurs. La force de l’homme était hors du commun.
    Plusieurs fois, elle évita la lame mortelle. Mais elle se fatiguait vite. Ses bras devinrent rapidement lourds comme des pierres et elle eut de plus en plus de mal à soulever son arme.
    Ella contra encore trois attaques. Puis dans un ultime assaut de son assaillant, son épée se brisa et elle tomba à genoux, à bout de souffle.
    Elle regarda le pommeau de son épée, resté dans sa main, puis la pointe de son épée, quelques pieds plus loin. Le désespoir la submergea.
    Son regard tomba sur une paire de bottes, faites de bandelettes de cuir, noircies par l’usage.
    Comme dans un rêve, Rema regarda les bottes écraser l’herbe humide avec un bruit feutré et se placer face à elle.
    Elle n’entendait plus le bruit assourdissant du fleuve, ni le frémissement du vent dans les branches.
    Elle allait mourir. Elle le savait. Elle s’était battue autant qu’elle avait pu, et elle avait perdu.
    Pourtant, un sentiment fort montait en elle.
    Elle leva les yeux vers l’homme au masque de mort, qui avait levé sa lourde épée :
         -    Non !
    Elle refusait de mourir !
    Mains levées, paumes jointes, Rema retenait l’arme.
    L’air siffla un bref instant puis le silence se fit.
    Le souffle court, la jeune femme regarda la lame vibrer entre les paumes de ses mains. L’épée n’était qu’à quelques doigts de sa tête.
    Si elle lâchait, elle aurait le crâne fracassé.
    Prise d’un regain d’énergie, la jeune femme releva la tête et poussa sur ses bras pour repousser la lame.
    Le cavalier appuya avec force.
    Rema poussa un gémissement de douleur quand le sang coula entre ses mains, à l’endroit où la lame commençait à entailler sa chair.
    Une rafale de vent les enveloppa soudain et Rema se sentit une force immense monter en elle.
    Comme la première fois, la jeune femme perçut d’abord un picotement, puis une chaleur intense.
    Elle leva les yeux vers le cavalier mort et força sur ses bras. Les manches de sa chemise retombèrent, découvrant sa peau hâlée recouverte de lignes noires sinueuses parfaitement symétriques.
    L’homme grogna et relâcha un peu son emprise.
    Rema en profita et réussit à se relever.
    Il tenait encore prise quand la lame devint rouge incandescente.
    La jeune femme grimaça. La douleur devenait trop forte et la lame la brûlait, marquant à tout jamais la paume de ses mains des hiéroglyphes gravés sur l’épée.
    Dans un ultime effort, elle repoussa farouchement l’homme  qui trébucha sur sa petite épée cassée qui gisait à terre.
    Affaiblie par l’énergie qu’elle venait de fournir, Rema ne réagit pas assez vite lorsque l’homme lança une dague sur elle.
    L’arme fila comme une flèche et lui transperça l’épaule avec un bruit mat.
    Elle hurla de douleur, son pied glissa et son corps bascula en arrière.
    La jeune fille perdit connaissance avant d’être engloutie par le fleuve.
    Le cavalier noir se releva et scruta attentivement les eaux noires et tourbillonnantes, mais il faisait trop sombre pour y voir quoi que ce soit.
    Il retourna vers ses compagnons de malheur.








    Il faisait froid.
    Froid et sombre.
    Quand Rema comprit qu’elle était au fond du fleuve, elle paniqua.
    Battant des pieds et des mains pour refaire surface, elle ne réussit qu’à s’enfoncer un peu plus.
    Ballottée par le courant, elle attendit de toucher le fond. Puis, avec toute la force qu’elle pu, elle tapa les talons sur le lit de la rivière et se propulsa vers le haut.
    Il lui sembla mettre des heures à atteindre la surface. Ses poumons étaient sur le point d’éclater quand elle sentit l’air frais sur son visage. Elle eut à peine le temps de prendre deux goulées qu’elle était de nouveau engloutie par les flots.
    À cet endroit du fleuve, le courant était fort. Il se servait à rien de le combattre. Elle ne ferait que perdre. Elle se laissa emporter, essayant de garder la tête hors de l’eau.
    Avisant une branche d’arbre de plusieurs pieds, elle essaya de s’y hisser.
    Mais son bras droit refusait de bouger. Son épaule était en feu et la douleur se propageait dans son dos et son cou.
    Tant bien que mal, elle réussit à s’accrocher, et se laissa dériver sur plusieurs milles.
    La lune brillait à la surface de l’eau.
    Elle regarda la dague toujours fichée dans son épaule. Elle constata que c’était une dague de lancer. La particularité de ces dagues résidait en leur petite taille : elle tenait dans le creux d’une main. Elle était enfoncée jusqu’à la garde. La lame restait invisible, profondément enfoncée dans l’épaule de la jeune femme.
    Rema connaissait ces armes. La lame avait la forme d’un triangle dont les deux pointes inférieures ressortaient, provocant d’énormes dégâts si on retirait maladroitement la lame. La jeune femme décida d’attendre avant de l’enlever, pour éviter d’arracher un peu plus ses chairs.
    La douleur sourde, qui tambourinait dans sa poitrine, finit par avoir raison d’elle.
    Rema ferma les yeux et se laissa dériver au bord de l’inconscience.

    La fraîcheur de l’air l’obligea à sortir de sa torpeur.
    Rema ouvrit des yeux fiévreux.
    Elle était sur une petite plage de galets ronds. À cet endroit, le fleuve formait un coude, permettant de soustraire le rivage du fort courant, qui continuait sa route en contrebas.
    La lune avait fini sa course dans le ciel, et le soleil reprenait doucement sa place.
    La jeune femme prit appui sur sa main valide pour se relever.
    Grimaçant de douleur, elle regarda autour d’elle, maintenant son bras blessé contre sa poitrine.
    Elle ne connaissait pas cet endroit. Elle ne savait absolument pas où elle trouvait.
    Elle avança néanmoins à l’abri des grands arbres, préférant se soustraire à la vue de celui qui pourrait observer la plage.
    Elle trouva un endroit abrité, caché entre un gros rocher et un énorme tronc d’arbre déraciné.
    Elle détacha sa houppelande, fixée autour de cou par une broche, et l’étala sur une branche pour la faire sécher. Puis elle s’assit sur le sol recouvert de mousse végétale.
    D’une main tremblante, elle ouvrit sa chemise et dégagea son épaule.
    Indécise, elle regarda la dague et sa peau tuméfiée tout autour.
    Prenant son courage à deux mains, elle attrapa le manche et commença à tirer.
    La douleur fulgura, descendant le long de son dos et enserrant sa poitrine.
    Retenant un gémissement, elle écarta doucement la plaie.
    Des larmes commencèrent à couler sur ses joues. Elle inclina la tête en arrière et reprit son souffle.
    Il n’y avait pas de sang. La lame de la dague devait empêcher la blessure de saigner.
    La jeune fille tira alors de toutes ses forces. La lame ressortit, l’entaillant un peu plus à cause des rebords courbés et pointus.
    Rema ne put s’empêcher de pousser un cri de douleur.
    Au bord de l’évanouissement, elle laissa tomber l’arme ensanglantée. Puis elle déchira un morceau de tissu de sa cape pour en faire un pansement sommaire.
    Épuisée, elle ferma les yeux, la tête contre le rocher et sombra dans l’inconscience.

    La chaleur douce des rayons du soleil la réveilla.
    Elle constata qu’elle avait dormi pas mal de temps. La journée était bien entamée.
    Par chance, la chaleur matinale avait séché ses vêtements.
    Elle se sentait faible et courbatue. Toutefois, elle se leva, enfila son manteau et s’éloigna du fleuve.
    Il fallait qu’elle parte loin d’ici, avant que les Cavaliers Noirs ne comprennent qu’elle était encore en vie.
    Il lui sembla marcher des heures.
    Heureusement, la forêt regorgeait de petits buissons aux baies savoureuses et sucrées. Cela lui permit de rester debout assez longtemps pour atteindre la première ville qu’elle trouva.
    À côté de son petit village, elle était immense. Rema en fut désarçonnée.
    Il y avait une artère principale pas très large et boueuse. Des maisons en bois fleurissaient de chaque côté.
    La jeune femme rabattit le capuchon de son caban, et avança sur la route.
    Il y avait beaucoup de personnes. Chacun vaquait à ses occupations.
    Des passants remplissaient leur carriole de sacs de grains. Un boucher taillait sa viande sur un étal en pleine rue. Des gens se promenaient çà et là. Un forgeron façonnait des fers à cheval, lançant son marteau de manière régulière. Rema se laissa bercer par le bruit, rassurée de voir que personne ne faisait attention à elle.
    Elle se faufila discrètement entre les maisons, désireuse de ne pas se faire remarquer sur l’artère principale. Certains passages étaient étroits et sombres. Elle croisa un mendiant borgne, qu’elle préféra ignorer.
    Au détour d’un croisement, elle tomba sur une grande écurie. Elle pénétra lentement à l’intérieur. Elle était déserte.
    Fouillant dans les stalles, elle trouva enfin ce qu’elle cherchait : un beau cheval de haute stature, à la robe brune. Il n’était pas encore dessellé, et sur ses flancs pendaient de grandes sacoches de cuir. Rema fouille rapidement dedans, anxieuse de voir quelqu’un arriver.
    Sa main se referma sur une petite bourse en velours noir, qui contenait quelques pièces. Elle fourra le tout dans sa poche et continua son exploration. L’autre sacoche contenait une grosse miche de pain. La jeune femme s’en empara prestement et déguerpit avant de se faire attraper. En sortant, elle embarque un petit sac de peau où elle mit ses trouvailles.
    Dehors, tout était calme.
    Elle se cacha sous un porche et rangea le pain en jetant un coup d’œil alentour.
    Elle était seule.
    Doucement, elle ouvrit sa chemise et inspecta sa blessure. Le pansement était bon à changer, mais elle n’avait rien sous la main pour le faire.
    Un bruit de pas dans son dos l’affola. Elle se rhabilla et voulut s’éloigner rapidement.
    Elle heurta alors un homme. La jeune femme tomba à terre et les yeux dans le vague, elle fixa le sol.
    Elle voyait un homme assez grand, le visage fin, les cheveux grisonnants se faire détrousser par trois hommes en haillons.
         -    Est-ce que ça va ?!
    Rema revint à la réalité. Levant à peine les yeux, elle tira un peu plus sur sa capuche pour cacher ses tatouages.
    Elle se releva, et tomba nez à nez avec l’homme de son rêve.
    Stupéfaite, elle mit quelques secondes avant de réaliser qu’il la questionnait pour la troisième fois.
    Un autre homme arriva dans son champ de vision. Aussi grand que l’autre, sa chevelure était noire comme la nuit, et une vilaine cicatrice barrait sa joue droite et son nez.
         -    Laisse tomber ! dit-il avec mépris. Encore une pouilleuse…
    De fait, le premier homme tourna les talons et tous deux commencèrent à s’éloigner.
         -    Attendez ! cria Rema sans même s’en rendre compte.
    L’homme aux cheveux gris stoppa et se tourna vers elle.
    Comme il attendait, la fixant intensément de ses yeux aussi noirs que l’obsidienne, la jeune femme marmonna quelque chose d’incompréhensible et tourna les talons.
    L’homme plissa les yeux et regarda la fille s’enfuir.

    Rema regardait l’enseigne du « Canard Gourmant » avec envie.
    Le soleil allait bientôt se coucher.
    Elle hésitait. Elle avait besoin d’un repas chaud, certes, mais elle avait du pain et elle pourrait s’en contenter. Mais elle ne savait pas combien de temps elle serait obligée de fuir. Et dans ce cas-là, le pain lui serait précieux.
    Se décidant enfin, elle tapota le sac qui battait sa hanche et entra.
    Son bras la faisait toujours souffrir et ses yeux étaient gorgés de fièvre, mais dans l’atmosphère enfumée de la salle, personne ne s’en rendit compte.
    La pièce était assez vaste pour trois tables du plus de trente pieds mises bout à bout.
    Mais celles-ci étaient disposées sur les extérieurs, permettant le service des boissons et des repas. Le milieu de la pièce était rempli de petites tables rondes et carrés.
    La jeune fille s’installa dans un coin, sur un bout de table. Loin de la cheminée, pour éviter que la clarté ne révèle son secret.
    Attendant son repas, elle gratta pensivement le bois rainuré du bout des doigts, essayant de réfléchir à ses dernières aventures.
    Elle fut distraite un rayon de lumière qui éclaira brièvement la salle, lorsqu’un nouveau client rentra.
    Mortifiée, elle reconnut l’homme de la ruelle et son acolyte aux cheveux noirs. Elle se renfonça dans le coin, espérant ne pas se faire remarquer.
    Elle soupira quand elle les vit s’asseoir, dos à elle, à l’autre bout de la salle.
    Son repas arriva, et tout en observant les hommes, elle mangea avec appétit. Son assiette contenait un morceau de viande brune, dont elle ne connaissait pas la provenance, mais qui était bonne et de fèves qui baignaient dans une sauce épicée.
    Elle sauça son assiette avec la petite miche de pain servie avec le repas, puis repoussa le plat, et se cala sur sa chaise.
    Levant les yeux, elle remarque trois badauds accoudés sur le bar.
    Fronçant les sourcils, elle essaya de se souvenir de l’endroit où elle les avait vus. Mais rien à faire. Elle eut beau se triturer les méninges, elle ne s’en rappela pas. Elle resta là, à les observer. Ils étaient habillés avec de vieux vêtements élimés, troués par endroits. Ils discutaient entre eux d’un air de conspirateurs.
    Du coin de l’œil, elle vit l’homme aux cheveux gris se lever et s’approcher du bar. Quelques instants plus tard, on lui servait deux verres remplis de liquide mousseux et roux.
    Rema remarqua alors le regard des trois badauds et, en un éclair, se souvint d’eux. Elle ne les avait jamais vus, mais elle avait eu… une vision d’eux. Elle n’arrivait pas à nommer autrement ces étranges rêves qui devenaient réalité.
    Ces hommes allaient détrousser les deux autres, elle en était sûre !
    Soupirant, elle se demanda ce qu’elle devait faire.
    Prévenir les deux victimes de leur futur sort ? Comment leur expliquer ?
    Les laisser se débrouiller seuls ?
    Rema observa les épées attachées à leur ceinture. Ils avaient l’air de savoir se défendre.
    La jeune femme restait tout de même indécise. Si l’un des hommes était blessé ou tué, elle se sentirait coupable de ne pas l’avoir prévenu.
    Exaspérée, la jeune fille poussa sa chaise, qui racla le sol bruyamment.
    L’homme aux cheveux gris, toujours au bar, se tourna vers elle. Il plissa les yeux pour essayer de voir quelque chose à travers l’épais nuage de fumée qui flottait dans l’air.
    Si elle l’avait pu, Rema serait rentrée dans le mur pour essayer de rester invisible.
    Calée sur un côté de la cheminée, elle profitait de l’angle du mur pour rester dans la pénombre, et savourait en même temps la douce chaleur du feu qui crépitait dans l’âtre.
    Appuyée contre le mur, son épaule la lançait plus que jamais. Elle attendit cependant que l’homme retourne à ses occupations. Ce qu’il fit presque aussitôt.
    Sans tarder, la jeune femme ramassa sa besace, et s’en alla.
    Pour sortir, elle devait passer devant les hommes. Elle tira sur son capuchon autant qu’elle pu et s’appliqua à rester dos à eux.
    Plus elle avançait, plus elle ressentait un picotement dans la nuque. Alors qu’elle franchissait le seuil de la porte, elle ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil derrière elle.
    Elle croisa alors le regard froid de l’homme.

    Rema attendait dans la ruelle, derrière la gargote où elle avait mangé.
    Avec la nuit, le froid était descendu sur la vallée.
    Un petit nuage de fumée sortait de la bouche de la jeune femme à chaque respiration.
    Pourtant, elle n’avait pas froid. La fièvre avait cela de bon : elle gardait son corps au chaud.
    Bien sûr, Rema savait que cela ne pourrait durer très longtemps. Tôt ou tard, sa blessure l’empêcherait d’avancer. Et elle en mourrait, très certainement.
    La jeune femme fut distraite par la sortie des deux hommes qu’elle attendait.
    Elle attendit un peu avant de les suivre et laissa une trentaine de pieds d’écart entre eux.
    Elle ne voulait pas se faire remarquer.
    À la faveur de la nuit, et comme la lune était cachée par des nuages, elle pouvait se déplacer tête nue sans crainte qu’on remarque ses tatouages.
    Elle commençait à sortir de sa cachette pour les suivre, lorsque la porte de l’auberge s’ouvrit une seconde fois.
    La jeune femme manqua de tomber en reculant précipitamment.
    Son cœur battait la chamade.
    Elle osa un coup d’œil dans la ruelle, et reconnut les trois badauds de tout à l’heure.
    Elle qui espérait les surprendre, elle avait un coup de retard.
    Elle décida de les suivre. Elle savait exactement où ils allaient. Elle rattraperait ainsi les deux premiers hommes.
    Sans se faire repérer, elle avança dans la nuit.
    Ils arrivèrent tous, bientôt, dans un petit sous-bois à l’ouest de la ville.
    Les deux premiers hommes étaient en train de s’occuper de leur, qu’ils avaient apparemment laissé là, à l’écart.
    Les trois bandits approchèrent en silence derrière eux. Malgré cela, l’homme aux cheveux gros sentit le danger. Avant même de se retourner, il avait empoigné son épée et lui fit décrire un large cercle tout en pivotant. Son compagnon avait fait de même.
    Quatre homme se faisaient maintenant face.
    Rema recompta. Il en manquait un.
    Elle s’accroupit, inquiète, et regarda autour d’elle.
    Personne.
    Les hommes se trouvaient à moins de vingt pieds devant elle.
    Les « bons » face à elle, les « méchants » dos à elle. Elle ne savait pas qu’elle autre qualificatif leur donner.
    Elle observa attentivement les alentours, persuadée que le dernier homme allait bientôt se montrer.
    Elle le vit alors, derrière les cheveux. Il marchait légèrement en côté, pour ne pas se faire remarquer.
    Rema contourna à son tour la future scène de bataille et se retrouva elle aussi à côté des chevaux, mais à l’opposé de l’autre homme.
    Cachée par les animaux, elle avança lentement. Avisant un couteau, attaché à la selle, elle le prit délicatement et le serra fort dans sa main.
    Elle hésitait à avancer plus avant, lorsque les quatre hommes commencèrent à se battre.
    Le cliquetis des épées retentit dans la nuit.
    Fascinée, Rema regarda la scène. Les badauds n’eurent aucune chance. L’homme aux cheveux gris se débarrassa le premier de son adversaire avec une force et une agilité incroyables. L’autre rendit son dernier soupir presque en même temps que son comparse.
    C’étaient des escrimeurs hors pair.
    Rema avait presque oublié ce qu’elle faisait là, lorsque le troisième bandit entra dans son champ de vision et se positionna presque face à elle. Il brandissait une arbalète et s’apprêtait à tirer.
    Sans réfléchir, la jeune fille lança le couteau qui atteint l’homme à la poitrine.
    Il lâcha son arme avec un râle de douleur.
    Les deux autres homme se retournèrent, prêt au combat.
    Ne sachant que faire, Rema recula d’un pas. Les autres se tournèrent alors vers elle, d’un seul homme, l’épée en avant.
    L’homme aux cheveux gris s’approcha d’elle, tout en restant à distance raisonnable. Son regard allait de l’homme allongé par terre, un couteau dans la poitrine, à la jeune fille.
         -    Il allait vous tuer… expliqua Rema, indécise.
    Les sourcils de l’homme, auparavant froncés, se haussèrent légèrement.
    Puis il éclata de rire.
         -    Me tuer ? Vraiment ? Encore eut-il fallut qu’il le puisse, répondit-il avec arrogance.
    Ce fut au tour de Rema de froncer les sourcils.
    Elle venait de leur sauver la vie, et c’était comme ça qu’il la remerciait.
    « Mais qui était cet homme ? » se demanda-t-elle, courroucée.
         -    Je dois partir, marmonna-t-elle dans sa barbe.
    Elle n’avait pas envie de s’attarder plus longtemps. Elle tourna les talons.
          -    Attends !
    Plus rapide qu’elle, l’homme avait attrapé son bras et le maintenait dans une poigne d’acier.
    Rema tira légèrement pour se dégager, mais l’homme raffermit sa prise.
    La jeune fille grimaça. Non seulement, il lui faisait mal au bras, mais également à l’épaule qu’elle avait dû tourner dans une position douloureuse.
    La colère l’emporta alors sur la douleur, et la jeune fille finit par se dégager d’un geste sec. L’homme sembla étonné de sa force, mais ne dit rien.
    Rema se fondit dans la nuit, comme un fantôme. L’homme resta longtemps à observer l’endroit où elle avait disparu, une ride soucieuse barrant son front.

    Rema regarda autour d’elle, et soupira.
    Trop inquiète à l’idée d’être rattrapée par l’homme au cheveux gris, elle était revenue en ville pour voler un cheval et était partie comme si elle avait le diable aux trousses.
    Elle galopait depuis un long moment.
    Elle avait dû parcourir environ dix lieues. Elle s’était assez éloignée pour se sentir un peu en sécurité.
    Elle arrêta son cheval, qui devait être fourbu, et se reposa pour les quelques heures de nuit qu’il restait.

         -    Il faut arrêter ça, disait l’homme.
    Rema savait où elle était. Sur la colline. Elle dominait la bataille qui faisait rage en bas.
    « Toujours ce rêve étrange… », pensa-t-elle.
         -    Comment ? demanda-t-elle sans même regarder l’homme à ses côtés.
         -    Trouve qui a ouvert les portes du mal, trouve le passage des âmes et referme-le !
    La jeune fille se réveilla en sursaut.
    Le soleil commençait à poindre.
    Elle s’était arrêtée derrière un grand tertre, espérant être à l’abri, cachée par le relief.
    Maintenant que la lumière éclairait le paysage, elle pouvait admirer la grande plaine herbeuse, légèrement vallonnée.
    Elle voyait à plusieurs lieues à la ronde. Elle constata qu’elle était seule dans cette immensité semi désertique.
    Rassérénée, elle grignota un morceau de pain avant de reprendre la route.
    Debout sur son cheval appaloosa, elle regarda tout autour d’elle.
    Quelle direction prendre ?
    Il n’y avait même pas de chemin pour la guider.
    Elle décida de laisser le soleil dans son dos et d’aller vers l’ouest.


    (à suivre...)

    « Les Chroniques de Vérité Livre I : Initiation (partie 9)Kane Riley »

  • Commentaires

    1
    nrd
    Lundi 24 Août 2009 à 13:32
    Avec un peu de retard: merci Ana pour tes compliments.
    Mais mon gros défaut est de ne pas finir mes histoires
    Bises et à bientôt j'espère
    2
    nrd
    Mardi 8 Septembre 2009 à 17:22

    Merci à toi, Garcia, d'apprécier mes écrits
    Je n'ai pas encore écrit la suite de cette histoire, mais elle reste dans ma tête, donc je m'y remettrais certainement sous peu.

     A bientôt, peut-être

    3
    Vendredi 5 Novembre 2010 à 10:46

    Moi aussi je veux la suite =) à bientôt peut-être!

    4
    nrd
    Lundi 22 Novembre 2010 à 06:37

    J'espère pouvoir continuer bientôt (^_^)

    5
    ana
    Samedi 7 Juin 2014 à 15:27
    woua!!
    c'est genial, tu es douée
    a quand la suite? je suis impatiente d'en lire plus
    6
    garcia
    Samedi 7 Juin 2014 à 15:27
    hummm une histoire qui promet
    aura t on la joie de lire la suite?
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