• La méthode de Propp

    La méthode de Propp

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    Histoire du 19 Décembre 2012 - Sans titre C'est en 1928 que Vladimir Propp montra le premier, en étudiant les contes russes, qu'ils étaient tous bâtis sur la même structure.
    A l'époque, on n'y prêta guère attention.
    Il a fallu attendre les années 1950 pour que le génie de Propp fût connu.
    Et des centaines d'auteurs utilisèrent et commentèrent ses analyses.

    Propp établit que dans un conte, il y a toujours sept "fonctions" principales incarnées par des personnages, ou "actants":

     

    1/ Le héros. C'est le personnage sympathique auquel s'identifie naturellement le lecteur (c'est souvent un adolescent ou un homme jeune).

    2/ L'adversaire (le méchant). C'est le personnage antipathique par excellence, qui normalement doit être vaincu par le héros à la fin de l'histoire.

    3/ Le faux héros. C'est un personnage rival du héros. Au début, on peut croire qu'il est le vrai héros, mais à la fin, son imposture, ou son insignifiance, sera démasquée (il n'est pas indispensable).

    4/ Le donateur. Rencontré par hasard par le héros, ce dernier lui rendra un service. Pour le remercier, il lui remettra un objet "magique" qui l'aidera dans son entreprise.

    5/ L'auxiliaire. C'est lui qui aidera le héros dans son combat contre le méchant; Il peut être, par exemple, son fidèle compagnon.

    6/ La Princesse et son père. Grâce à sa perspicacité, Propp a montré qu'il s'agissait en fait d'un même personnage quant à la structure du récit. Le père (roi, maître, prince, chef...) représente l'ordre social menacé par le méchant; et la Princesse, souvent la future récompense sociale du héros, qui, en l'épousant, devient ainsi prince.

    7/ Le Mandateur. C'est lui qui "envoie" le héros dans sa quête du méchant, déclenchant ainsi l'histoire.


    Les autres personnages du récit ne sont que des "figurants".
    Ils sont accessoires dans la conduite du récit.
    Ce dernier ne changerait pas si on les remplaçait par d'autres.
    Ils ne sont en fait que des éléments de liaison entres les acteurs principaux: ils l'informent de ce qui s'est passé, ils leur apportent un objet, ils les amènent d'un lieux dans un autres, etc.

    Il est remarquable de noter que les intentions , les sentiments, les motivations des protagonistes, n'ont aucune importance (ainsi le mandateur qui envoie le héros vers l'aventure peut le faire amicalement ou de manière hostile, pour se débarrasser de lui; le résultat sera le même).

    Chaque personnage est caractérisé par trois points: son aspect et ses noms, les particularités de son entrée en scène et l'endroit où il habite.
    Tout le reste est anecdotique.
    Certains personnages peuvent endosser plusieurs fonctions à la fois, ou tour à tour; ou, à l'inverse, une même fonction peut se diviser entre deux personnages.
    Chaque fonction intervient une ou deux fois au moins, pendant le conte.


    Un conte est structuré en deux parties: le combat (ou les épreuves de qualification), et les longues épreuves, ou la finale qui va voir le triomphe du héros.

    Première partie: le combat

    Scène 1: Dans un ordre social supposé calme, intervient une situation de méfait ou de manque. Méfaits classiques: un crime est commis, une banque est dévalisée, un entrepôt est incendié, etc. Situation de manque: un homme rencontre une femme ravissante et tombe amoureux d'elle. Désormais, il n'a de cesse de la conquérir.


    Scène 2: Le mandateur envoie le héros à l'aventure. Comme l'a remarqué un critique américain, tout bon roman doit commencer par un changement de lieu: ou bien un étranger arrive dans la ville, ou bien un homme quitte la ville pour une nouvelle destination. Dans les deux cas, l'action est lancé l'intrigue est nouée.

    Scène 3: Sur la route, le héros rencontre une personne en difficulté et lui porte aide. Pour le remercier, elle lui remet "l'objet magique".

    Scène 4: par surprise, le héros rencontre le méchant. S'ensuit un bref combat sans vainqueur ni vaincu. Le méchant disparaît aussitôt. Le héros, qui a su résister au méchant, est ainsi "qualifié" pour la suite.

    Deuxième partie: les longues épreuves

    Scène 1:
    Changement complet de lieu et de temps.. nouveau paysage, nouvelle ambiance. On semble avoir tout oublié de la première partie, et pourtant...


    Scène 2: Première épreuve. Le héros, sur son chemin, est confronté à une force de la nature (orage, neige, désert...). Il parvient à surmonter cet obstacle.

    Scène 3: Deuxième épreuve. Continuant son chemin, le héros est confronté aux auxiliaires du méchant. Par ruse et courage, il parvient à leur échapper.

    Scène 4: Troisième et dernière épreuve. Le héros découvre l'antre du méchant. Par force et ruse, il y pénètre et est mis en grand danger. On le croit perdu! Mais grâce à l'auxiliaire (qui réapparaît à point nommé), et à l'objet magique, il va pouvoir mener un terrible combat singulier contre le méchant, et finalement le terrasser!

    Scène 5: Le héros reçoit du "roi" la main de sa fille, ou bien une récompense, et repart vers de nouvelles aventures...

    À partir de ce schéma de base, on peut introduire toutes les variations possibles.
    Les situations de méfaits induisent le plus souvent des récits d'aventures épiques ou le héros peut être quelque preux chevalier luttant contre un vilain ou un dragon.

    Les situations de manque induiront un récit plus psychologique où l'amour tiendra (ou non) la première place.
    Si le méchant est bien connu dès le début, nous aurons un récit d'aventure;
    S'il demeure mystérieux, ce sera un récit de type "quête" où le héros ne sait pas très bien ce qu'il cherche, voire une enquête de type policière.

    Ainsi, dans la partie A pourra-t-il se tromper d'objet, tandis que dans la partie B, forcément, il se mettra à la poursuite du bon objet, par exemple le vrai méchant.

    La partie A représente les épreuves de qualification.
    Le héros, qui peut être au départ un personnage ordinaire, fera montre de ses capacités. Ayant franchi ces épreuves éliminatoires, il pourra alors dans la partie B, monter jusqu'en "finale", dans son combat contre le méchant.

    Selon les qualités dont fera preuve le héros, le récit prendra des colorations différentes.

    Si les qualités physiques dominent, ce sera un homme fort, vigoureux, imbattable au combat ou dans le maniement des armes (Hercule, Ajax, le Preux Chevalier, d'Artagnan, James Bond...).

    Si ce sont des qualités intellectuelles, le héros sera alors le malin, le savant, le pénétrant (Ulysse, Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Pasteur, Einstein...).

    Si, enfin, ce sont des qualités morales, ce sera le sage, le saint (Socrate, Bouddha, Confucius, St François d'Assise...).

    On passe ainsi, par des transitions peu sensibles, du contes à la légende, à la chanson de geste, au roman d'aventure, au roman policier, et au roman psychologique moderne.

    En effet, il faut structuralement prolonger Propp vers le roman moderne.
    Bien entendu, le contenu romanesque peut énormément varier.

    Nous avons pu vérifier cent fois, qu'à des variantes près, ils suivaient tous le plan de Propp en deux partie.
    Ils le font d'autant plus que ce sont des œuvres populaires, des titres pour grands public.

    Le schéma de Propp est, pour nous, le signe d'un honnête artisan qui connaît bien les ficelles de son métier.
    Beaucoup de film sont aussi bâtis sur ces deux parties (Les 7 Samouraïs, Délivrance, Limelight de Chaplin).
    Si ce n'était pas le cas, l'oeuvre serait confuse, loupée.

    Seuls les grands auteurs arrivent à dépasser ce schéma, mais par le haut: tout en le connaissant intuitivement, ils renoncent à ces facilités et arrivent à introduire d'intéressantes variations qui le masque en partie.
    Par exemple, par des retours en arrière qui s'intercalent entre les parties.

    Voici un tableau qui résume bien la méthode de Propp:
     

    La méthode de Propp
    © 
    silexchronicles
    (cliquez pour agrandir)

    Pour mieux comprendre ce tableau, n'hésitez pas à visiter silex-chronicles yes

     

    Notez bien que cette méthode n'est pas infaillible. N'imaginez pas publier un best sellers rien qu'avec ça.
    Cette méthode va vous aider à mieux peaufiner votre plan, à construire quelque chose de plus abouti, de plus harmonieux et mieux articulé.

    Cette méthode est une base. Votre plume, votre style et votre imagination devra combler les trous et rattacher le tout pour former quelque chose de cohérent, d'admirable et de poétique ^^

     

    Texte original: "J'écris mon premier roman" de Louis Timbal-Duclaux

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 20 Mars 2010 à 12:34
    Interressant ce monsieur Propp.
    2
    nrd
    Mardi 23 Mars 2010 à 07:02
    lol, et oui!
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