• Kane Riley

     Kane Riley

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    Je m'appelle Kane. Kane Riley.
    Je sais, je sais… c'est un prénom de garçon. Allez dire cela à mon père, il rêvait d'avoir un fils. Il m'a eu, moi. Et il m'a élevé comme un fils.
    Mais revenons à moi. Je mesure un mètre soixante dix-huit pour soixante-six kilos.
    Mes avantages: 95D-65-73. Et croyez-moi, c'est très utile.

    Toutefois pour l'instant, je l'avoue, ce genre d'atout ne m'était d'aucune utilité. Suspendue à presque dix mètres au-dessus de la terre ferme, je n'en menais pas large.
         - Si tu me laisses descendre, je ne te tuerai pas, lançais-je vers le bas.
    Quelqu'un éclata de rire.
         - Tu n'es pas en position pour négocier, Riley, lança un homme, moqueur.
    Lui, Ethan West, mon pire ennemi… Mon ex-mari, en fait.
    Un peu plus grand que moi (de quelques centimètres seulement), beau gosse style aventurier: teint mat, gros biceps et mal rasé… tout pour faire tomber les jeunes-filles en mal d'aventures!
    J'étais en mauvaise posture, c'est vrai, néanmoins, rien dont je ne puisse me sortir.
    Je vis à New-York, une grande jungle, ne l'oublions pas.
         - Ethan! criai-je en le voyant sortir.
         - Désolé, mon cœur, mais on m'attend…
    Ethan se retourna une dernière fois.
         - Ah, au fait… merci pour ton aide!
    L'homme sortit de la grotte sans regarder en arrière.
    Je soupirais en balançant mes bras dans le vide. Comment allais-je me sortir de là?
    Mais commençons par le début: je ne suis pas arrivée ici par-hasard. Quoi que…

    Une semaine auparavant, j'étais dans un avion à New-York.
    Arrivée à Londres, quelques heures de voiture jusqu'à Exeter, une petite ville du Devon. J'atteignais presque mon but. Quelques minutes encore et je me retrouverai dans un magnifique manoir sur le plateau de Cornouaille.
    Et enfin, je fus devant l'homme qui m'avait appelé si urgemment.
    De stature imposante, il semblait remplir tout l'espace de son petit bureau. Avec son abondante chevelure grise et blanche, il devait être plutôt âgé. Mais je n'aurais su donner son âge exact.
    Le mobilier et les huisseries, en bois massif, n'étaient pas de mon goût. Il n'y avait pas beaucoup de lumière pour traverser les petites fenêtres et éclairer les pièces remplies d'objets de collection: tableaux, tapisseries, armes etc.
    Je préférais, de loin, mon loft de 400m², aux murs blancs. Il semblait assez dénudé à côté de cet immense manoir, malgré cela, il était toujours lumineux.

    Ce qui me poussait à traverser à l'océan? Certainement, la solitude. Mon loft était spacieux et agréable, mais il était vide. Et je m'y sentais un peu seule. Ma vie manquant d'aventure; il fallait que je bouge, que je voyage.

    Ma nouvelle mission: un parchemin vieux de 700 ans, en  Mongolie.
    Alexander Reinhardt, mon mécène, voulait que je récupère ce vieux bout de papier où étaient retranscrites de vieilles formules de sorcellerie d'un autre âge.
         - Vous prendrez l'avion jusque Ulaan-Baatar, la capitale. Ensuite, un hélicoptère vous attendra, pour vous amener au temple Wudang prés des monts Yinshan…
     Je suivais sur la carte avec intérêt. Je n'étais jamais allée en Mongolie et je ne savais pas à quoi m'attendre sur place. Bien sûr, Alexander avait tout prévu: équipe, transport, vivres, armes (si j'avais à m'en servir), et bien sûr, ma destination finale. Le temple.

    Je ne m'attardais jamais très longtemps chez Alexander.
    Deux jours plus tard, j'étais en Mongolie, un haut plateau de plus 1000 mètres d'altitude. Un paysage fascinant: tantôt des montagnes, des collines et des plaines constituées d'immenses forêts d'arbres, d'arbrisseaux et quelques milliers de variétés de plantes différentes; tantôt des déserts caillouteux et secs contrastant avec de grands cours d'eau et des lacs.
    Une foule disparate errait dans les rues. Il faut savoir que la Mongolie Intérieure abrite pas moins de 49 ethnies, dont principalement les Mongols, les Han, les Mandchous, les Hui, les Daur, les Ewenki, les Oroqen et les Coréens. J'avais eu le temps, pendant les longues heures d'avion, de me documenter!
    Mon sac à dos fermement harnaché, j'avançais dans la cohue.

    J'avais l'impression d'être écrasée par la chaleur lourde et pesante. Je m'arrêtais un instant, pour souffler.
    Au détour de la ruelle, j'entendis des éclats de voix. Quelque chose de familier, et je me rapprochais rapidement pour voir ce qu'il se passait. Constatant que deux Mongols tentaient de détrousser un touriste, je me décidais à intervenir.
    Avant qu'ils puissent réagir à ma présence, je balançais mon sac à dos à la figure de l'un, qui alla s'étaler dans la poussière. Le second se tourna vers moi furieux, et me lança une tirade dans une langue totalement inconnue.
         - Ca doit vouloir dire: "vous n'auriez pas du faire cela, maintenant je vais vous tuer", me jeta le touriste goguenard.
    Je lui lançais un vague coup d'œil. Il était encore étalé par-terre, couvert de poussière. Un chapeau enfoncé sur sa tête baissée, je ne voyais qu'une partie de sa lèvre qui saignait. Il avait du se défendre le bougre!
    Sans me laisser déconcentrer, je tournai mon regard vers l'autre homme. Il avait l'air décidé à se battre. Je sortis mon 9mm, sans me départir de mon calme. L'autre tilta, et sembla se rétracter.
        - Ca, ça veut dire: "Finalement, je vais p'têt' pas vous tuer aujourd'hui"…
    Comme pour donner raison à l'inconnu, les deux hommes levèrent les mains en signe d'abandon et s'éloignèrent à reculons.
    Le touriste se releva et s'épousseta, et alors seulement je compris ce qui m'était familier: je connaissais cette voix.
         - Ethan West! lançais-je, désemparée.
         - Oui, mon cœur. Moi aussi, ça me fait plaisir de te revoir, lança-t-il comme si de rien n'était.
         - Que fais-tu ici?
    J'étais furieuse. Je ne savais pas encore pourquoi, mais j'étais très en colère.
         - Je me promène, sous le soleil de Mongolie. J'avais besoin de vacances dep…
         - Stop! Arrête tes salades. Tu es un menteur professionnel!
         - Oh, tu me vexes là, ma puce…
         - Je Ne Suis Pas Ta Puce, scandais-je fortement.
    Voyant mon tempérament fougueux reprendre le dessus, Ethan West joua la carte de la diplomatie.
         - D'accord, excuse-moi. Tu m'as sauvé la vie et je ne t'ai même pas remercié.
    Je fronçais toujours les sourcils, un pli soucieux marquant mon front.
         - Merci, dit-il avec plus de conviction. Écoute, tu m'as sauvé la vie, alors maintenant, c'est à moi de te rendre la pareille. C'est comme ça que ça marche, n'est-ce pas?
    Lasse de cette conversation qui ne mènerait nulle part, je me détournais pour partir.
         - Je n'ai pas besoin de toi, lançais-je, par-dessus mon épaule, rangeant l'arme à ma ceinture.
    A peine quelques pas.
         - Je peux t'aider pour le parchemin, fit une voix dans mon dos.
    Je sentis ma nuque se raidir, comme chaque fois que j'avais un mauvais pressentiment.
         - Quel parchemin?
    Je bluffais et il le savait.
    Fatiguée du voyage, de la chaleur et de la crasse qui me collait à la peau, je le laissais gagner cette manche (mais pas la guerre!).
         - Que sais-tu à propos du parchemin? demandais-je en soupirant.
         - Reinhardt, vieilles formules magiques, le temple Wudang… énuméra-t-il.
         - Comment as-tu pu avoir toutes ces informations?
    Ethan haussa les épaules. Il avait ses sources et moi les miennes. Nous n'irions pas plus loin.
         - Encore une fois: je n'ai pas besoin de toi. J'ai tout ce qu'il me faut, en tapotant le 9 mm que j'avais remis à ma ceinture.
    Je m'éloignais sans plus faire attention à lui.
         - Le temple… dit-il. Tu crois certainement entrer et prendre un parchemin sacré, exposé bien en évidence, sans qu'on t'en empêche?
    J'hésitais. Alexander ne m'avait pas dit où se trouvait exactement le manuscrit ancien. Il m'avait simplement indiqué le temple comme point de départ. A moi de me débrouiller pour le reste.
    Ethan avait-il une information que je n'avais pas?
         - Et comment veux-tu m'aider? Je connais mon boulot…
         - Bien sûr, coupa Ethan. Mais je SAIS où se trouve ce vieux bout de papier. Le temple n'est qu'un leurre…
         - Pourquoi te ferais-je confiance?
         - T'ai-je déjà trahi?
    Ethan West se mordit la langue en disant ces mots fatidiques.
    Trop tard. J'avais déjà fait demi-tour, re-sanglé mon sac à dos et m'éloignais à grand pas.
         - D'accord, je n'aurais pas du dire ça, se repentit Ethan. Mais c'est de l'histoire ancienne!
         - Tu parles de la brunette au Q.I négatif ou de la fois où tu m'as laissé tomber, sans explication?
         - Ok, tu as raison, j'ai fait pas mal d'erreurs. Mais, jamais, je ne mettrai ta vie en danger. Et, c'est ce qui va se passer, là, si tu ne me fais pas confiance.
    Ethan semblait plaider sa cause avec sincérité, cette fois-ci.
    Je devais prendre une décision… sinon, je n'arriverais pas à m'en débarrasser. Et puis, mieux valait l'avoir sous les yeux, que derrière moi à fomenter je ne sais quel mauvais coup.
         - D'accord, tu m'accompagnes, tu m'aides… et surtout tu te tais. Mais rappelle-toi, c'est moi qui mène la danse. Tu obéis ou tu t'en va!
         - Ca me va, fit Ethan en levant les bras, bon joueur.

    Tout le long du voyage en hélicoptère, je le sentais qui m'observait, essayant de briser la glace. Mais je n'étais pas prête à pardonner.
    Le voyage me sembla interminable.
    Enfin, l'hélicoptère se posa.
    Je me lançais dans une randonnée sans merci. J'avais besoin de me dépenser pour calmer mes nerfs.

    Le soir venu, je décidais de camper au pied d'un haut plateau rocheux, tout près d'un fleuve. L'équipe posa le matériel et monta le camps.
    Tout était en place, et je voulais repérer le terrain. Je m'éloignais lentement du bivouac. De loin, les tentes ressemblaient à des petits champignons blancs, se détachant sur l'herbe verte de la prairie.
    Même à cette heure, la température restait encore élevée. J'étais couverte de sueur et de poussière.
    Un vent fort s'éleva alors et je soupirais de soulagement. Quel bien-être ce peu de fraîcheur.
    Demain nous serons au temple. On verrait bien comment Ethan tiendrait sa promesse.

         - C'est par ici, lança Ethan, en se dirigeant vers l'ouest.
         - Le temple est par-là, opposais-je en désignant l'est.
         - Oui, mais l'entrée est par-là, insista Ethan.
    Nous étions à une fourche. Un chemin se dirigeait vers l'est, l'autre vers l'ouest.
    Nous avions marché toute la matinée, et nous étions tous fatigués. Mon équipe, une dizaine d'hommes, tenait le coup. Alexander trouvait toujours les bonnes personnes.
    Arrêtés, ils attendaient tous que nous prenions une décision.
    La boussole à la main, je fixais le levant, puis Ethan, qui semblait décidé à aller de ce côté.
    Mon regard se tourna, un instant, vers l'ouest et je décidais de faire confiance à l'homme qui avait, un temps, partagé ma vie.
    En hochant la tête, je lui fit signe de passer devant.
    Devant nous, s'étendait une grande plaine désertique. Aucun arbre à l'horizon. Juste une immense steppe, qui contrastait, au loin, avec les montagnes couvertes de neige.
    Des heures passèrent avant que nous arrivions devant l'amas rocheux. Devant l'ampleur du décor, le courage me manqua.
         - Tu veux qu'on escalade ça? !
    Ethan se retourna. La sueur coulait le long de ses tempes. Il était aussi fatigué que nous autres, mais il ne le montrait pas.
         - En partie seulement. Il y a un passage dans la roche, qui atterrit directement sous le temple.
         - Inutile de te demander où tu as pêché ces informations…
    Ethan haussa les épaules.
    Je comprenais maintenant l'itinéraire: si nous étions passés par l'ouest, le temple aurait été devant nous. Là, nous étions derrière lui ou, plus exactement, derrière la montagne auquel il était adossé.
    La grimpée fut pénible, et quand, finalement, l'ouverture apparue dans la roche, je soupirais de soulagement.
    Il avait été décidé que mon équipe, pour plus de facilité, resterait en bas. Nous serions plus rapides ainsi.
    Seuls, Ethan et moi entrèrent dans le passage.
    Le tunnel semblait avoir était creusé dans la roche sur plusieurs centaines de mètres.
    Lampes torches à la main, on finit par atterrir dans une sorte de grotte. Les reliefs d'un bouddha apparaissaient sur une des cloison. Il devait bien mesurait dans les 5 mètres. J'étais impressionnée par la grandeur de l'œuvre: le bouddha était assis, jambes en tailleur, ses mains en prière sous le menton; on ne pouvait pas en faire le tour: tout le corps semblait avoir été coupé en deux sur la longueur, le dos accolé à la paroi. On avait la sensation qu'il surgissait, d'un seul coup, du mur de pierre.
    Troublée, je regardais autour de moi. Il y avait beaucoup de recoins. Une sorte d'escalier avait été creusé dans la paroi rocheuse, et montait en direction du "plafond".
    En y regardant de plus près, la voûte s'avérait être de la terre, plus que de la roche. Par endroit, elle s'était écroulée, et dévoilait quelques rayons lumineux. Nous n'étions pas très loin sous terre. Comme pour confirmer cela, de la végétation descendait du dôme, comme si elle avait poussé à l'envers.
    On y voyait assez clair pour éteindre les lampes.
         - Maintenant, il faut chercher, lança Ethan.
         - Parce que tu ne sais pas où se trouve le parchemin?!
         - Eh! j'ai seulement dit que je savais Comment y accéder, pas dans quel coin le trouver! C'est toi l'experte… réfléchit!
    Je lui jetais un regard noir. Il m'avait encore possédé. A moi de me débrouiller.
         - Le parchemin date de 1380 environ, au moment où l'empire se disloque, rappelais-je. Les Mongols restés en Mongolie tentent vainement de rétablir leur unité et n'hésitent pas à assujettir tout sur leur passage. Les moines avaient réussi à les repousser grâce au parchemin.
         - Tout ça, c'est bien beau, mais ça ne nous dit pas où se trouve ce vieux bout de papier, coupa Ethan.
    Nous regardions chacun de notre côté, espérant trouver un indice.
         - Les moines auraient repoussé les assaillants avec des formules magiques? reprit-il encore, sceptique.
         - Pourquoi pas? J'ai bien cru que tu étais mort pendant toutes ces années, et te revoilà, pouf! devant moi, rétorquais-je, sarcastique. C'est pas de la magie, ça?
    Ethan fit la grimace.
         - Que sais-tu d'autre sur nos "amis"?
         - Ils sont en grande majorité bouddhistes lamaïstes, donc…
    Nous nous retournâmes ensemble vers le Bouddha imprimé dans la roche.
         - Il y a de fortes chances que le parchemin se trouve dans ce qu'ils vénéraient le plus, termina Ethan.
         - Exactement!
    Je m'attaquais, sur l'instant, à l'ascension de la statut.
         - Je constate que les cours d'escalade t'ont profité, lança West d'en bas.
    J'avais presque atteint la tête lorsque ma main glissa. Je me rattrapai, in-extremis, à une épaule et reprit mon ascension.
         - Je constate que tu aimes toujours autant laisser faire les autres à ta place, répliquais-je dans un souffle.
    West éclata de rire.
         - J'ai toujours adoré ton tempérament impétueux, rétorqua Ethan.
         - C'est sans doute pour cela que tu m'as laissé tomber…
    J'étais bien décidé à avoir le dernier mot.
         - J'ai fait une regrettable erreur, admit Ethan, plus sérieux. Je me rends compte, aujourd'hui, à quel point tu m'as manqué.
    Je m'immobilisai et me retournai pour fixer mon ex-mari. Était-il sincère?
    Je ne cherchai pas à le savoir.
         - Passe-moi une corde. Il y a une corniche au-dessus de la tête, je vais essayer de l'atteindre.
    Ethan me lança une corde.
         - Fais attention à toi.
    Je le fixai un instant, me demandant si je devais  lui faire confiance.
    Réceptionner la corde fut assez facile. Le plus dur serait de l'accrocher pour grimper sur la corniche. Je formai un lasso et le lançai, en espérant qu'il s'accrocherait à un rebord rocheux. Mauvais coup. La corde retomba dans le vide et je baissai vivement la tête pour éviter de la recevoir en pleine figure.
         - Un peu plus sur la droite. Il y a un rocher où tu peux t'accrocher, cria Ethan.
         - Facile à dire, marmonnais-je.
    Néanmoins, j'essayais. Il ne me fallut pas moins de cinq essais pour réussir. Puis, je testai la corde pour être sûre qu'elle ne lâcherait pas et qu'elle supporterait mon poids.
    Ca avait l'air solide. Je me lançais à l'assaut de la corniche.
    Arrivée en haut, j'hésitai. Je devais être à environ 10 mètres au-dessus de la terre ferme. Ma peur chronique du vide me reprit instantanément. Le vertige me fit chanceler et je s'agenouillai pour essayer de me reprendre.
    Ethan m'avait perdu de vue lorsque j'avais atteint la corniche.
         - Est-ce que ça va, Kane?
    Sa voix trahissait son inquiétude. Connaissant ma peur du vide, il s'apprêta à grimper à son tour.
         - Tout est ok, haletais-je.
    Ethan redescendit.
         - Tu es sûre?
    Je ne répondit pas, mais hochai la tête.
    J'inspectai avec soin l'endroit où je me trouvais.
         - Il n'y a rien, ici, dit-je frustrée.
    Ethan haussa les épaules et leva les mains en signe d'incompréhension. Le parchemin devait forcément se trouver dans le coin.
    Accroupie, je regardais prudemment alentour. Mon regard se fit perçant.
         - Attends un instant… je crois qu'il y a quelque chose…
    Je sortis ma lampe torche et examinai la paroi. Ce que je vis, me fis sourire.
         - Qu'est-ce qu'il y a? demanda West, intrigué.
         - J'ai trouvé…
         - Tu as le parchemin?
         - Du moins ce qu'il en reste…
    Ethan ne comprenait pas.
    - Les écrits sont gravés dans la paroi, expliquais-je. Quelqu'un a du vouloir immortaliser ces vieilles formules de sorcellerie!
    Je sortis un morceau de papier de ma poche et un crayon.
         - Il me suffit de gratter un peu, continuai-je pour moi-même.
    Ethan attendait, impatient.
         - On dirait de l'alphabet cyrillique, mais les lettres sont déformées… Bizarre… dis-je.
    Mon ex-mari secoua la tête. Ils se débrouilleraient pour les déchiffrer.
         - Dépêche-toi, lança-t-il impatient, nous essaierons de le traduire plus tard!
         - Oui, dépêche-toi! marmonnai-je. C'est moi qui suis suspendue à 10 mètres, pas lui…
    Heureusement, j'avais fini de reproduire les motifs sur le papier.
         - Je redescends.
    J'attrapai la corde et la fixai autour de ma taille avec un gros nœud. Une fois encore, je testai sa résistance avant de me lancer dans le vide. La descente était plus facile: il suffisait de se laisser glisser.
    Arrivée en bas, essoufflée, je cherchai Ethan du regard. Personne.
    En fronçant les sourcils, je tournai sur moi-même, jetant un regard à la ronde.
        - Ethan?
    Un bruit, à mes pieds, me fit baisser les yeux. Il y avait une autre corde par-terre, qui formait un cercle autour de mes pieds. Je plissai le front; cela ressemblait à…
         - Désolée, mon cœur, jeta Ethan du haut de la statut, interrompant le cours de mes pensées.
    Il s'élança dans le vide.
    Je sentis la corde se resserrer autour de mes jambes. J'avais compris une seconde trop tard: un piège. Je m'envolai dans les airs, suspendue par les pieds.
    La copie du parchemin se détacha de ma ceinture et tomba, telle une feuille dans le vent.
    Ethan, déjà au sol, maintenait ferment la corde et chercha un endroit où la fixer.
    Les orteils du bouddha feraient l'affaire.
         - Si tu me laisses descendre, je ne te tuerai pas, déclamai-je en avertissement.
    West éclata de rire éclata de rire.
         - Tu n'es pas en position pour négocier, Riley, rétorqua Ethan.
    J'essayai de me dégager, en vain.
    Mon ex-mari ramassa la feuille avec les hiéroglyphes et se dirigea vers la sortie.
         - Ethan! criai-je, en le voyant décamper.
         - Désolé, mon cœur, mais on m'attend…
    Ethan se retourna une dernière fois.
         - Ah, au fait… merci pour ton aide!
    L'homme sortit de la grotte sans regarder en arrière.
    Je soupirais en balançant mes bras dans le vide.







    Le petit avion survolait l'Afrique, quand les voyant se mirent à clignoter. L'avion vira de bord et pencha sur la gauche. Ethan regarda par la petite fenêtre et jura. Il voyait nettement le mont Kenya, et si l'avion continuait à perdre de l'altitude, il allait s'écraser. Il attrapa le manche avec force et essaya de redresser. Rien à faire. L'avion continua de pivoter et de descendre.
    Les montagnes, encore couvertes de neige, arrivaient vers lui à grande vitesse.
    Plus que quelques secondes. Mais Ethan se fichait du paysage magnifique. Il s'écrasait! Son téléphone portable sonna à ce moment inopportun:
         - Pas le temps! cria-t-il dans le combiné avant de le balancer.
    La descente lui parut durer une éternité. Lorsque l'avion toucha enfin le sol, il eut une infime pensée pour Kane - qu'il avait abandonné - et perdit connaissance.

         - "D'accord, réfléchissons…".
    J'étais suspendue, mais pas perdue.
    J'habitais New-York, une véritable jungle à côté d'ici. Sauf que j'avais la tête en bas et que le vide semblait m'aspirer. Maudit vertige!
    Cependant, j'avais toujours été assez débrouillarde. La corde avait été coincée autour des mains du bouddha. Si j'arrivais à les atteindre, je pourrais me débloquer. D'un coup de rein, je fis balancer tout mon corps. J'avais toujours adoré la balançoire… tête en haut!
    Petit à petit, l'élan m'amena où je voulais. Je saisis les mains fermement, et réussissais à me hisser sur la statut.
    Une fois débarrassée de la corde, il me suffisait de descendre… et de régler son compte à Ethan.
    Pas de chance, il avait déjà filé. Mon équipe m'attendait et personne ne l'avait vu ressortir.
    Il nous fallut plusieurs jours pour sortir de Mongolie et retrouver la civilisation.
    J'appelais Alexander pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Il ne parut pas étonné, et moi j'étais surprise qu'il ne le fut pas.
         - Appelez-le sur son portable, me dit-il.
         - Pourquoi?
         - Avec une balise, nous pourrons détecter le signal qu'il émettra et nous saurons où il est.
    Je hochais la tête. Je n'y avais pas pensé. Je me mis à l'œuvre sur le champs.
    Une sonnerie, deux sonneries, puis trois. J'allais abandonner lorsque la communication fut établie.
         - Pas le temps! entendis-je crier dans l'écouteur
         - Ethan?
    Aucune réponse. J'insistais.
         - Ethan?
    A l'autre bout du fil, un bruit de moteur.
         - Nous l'avons! cria un de mes hommes, satisfait.
    J'avais toujours le téléphone à l'oreille. Un grand fracas m'assourdit, puis plus rien. La communication était coupée.
    Encore un mauvais pressentiment.
         - Où? demandais-je
         - En Afrique… me répondit quelqu'un.
         - Bon sang, qu'est-ce qu'il fiche là-bas?!

    L'expédition s'avéra encore plus laborieuse qu'en Mongolie.
    Les hommes se relâchaient: ils étaient fatigués. Plusieurs laissèrent tomber, et je ne leur en voulut pas.
    Un 4x4 tomba en panne. Impossible de le réparer, il fallut le laisser sur place.
    Et puis, la trace d'Ethan n'était pas si simple que ça à retrouver. L'équipe savait qu'il se trouvait quelque part au Kenya, mais pas plus.
    Heureusement, la nouvelle d'un petit avion qui s'était écrasé en pleine brousse fit le tour de la région.
    Un américain à bord, qui avait apparemment eu la chance d'être encore en vie. Je misais sur Ethan. C'était bien son genre de se faire remarquer de la sorte.
    Et, je ne savais vraiment pas à ce qui m'attendait. Si je l'avais su, peut-être aurais-je fais demi-tour. Mais c'était trop tard, maintenant. Ma quête était lancée, j'irai jusqu'au bout.
    Nous étions sur les traces d'Ethan, et nous ne tarderions pas à le rattraper.
    Direction: le Mont Kenya, qui culminait à 5200m.

    Ethan marchait depuis des heures dans la savane. S'il ne trouvait pas rapidement un village ou un point d'eau, il mourrait de soif… ou pire encore, pensa-t-il en voyant une hyène au loin.
    Il avait eu la chance inespérée de sortir indemne de l'accident; si on oubliait les contusions et les égratignures.

    Avec les voitures, mon équipe allait beaucoup plus vite.
    Un troupeau d'éléphant avançait lentement, au loin. Leurs corps de bronze se détachaient insensiblement sur la plaine brûlée et jaunie par le soleil.
    Je les admirais pendant un long moment. Animal majestueux, aux formes harmonieuses. Je les trouvais remarquablement gracieux, malgré leur taille.
    Les hommes, debout à l'arrière, sifflèrent et lancèrent quelques réflexions. Je leur en voulu de gâcher un si bon moment. Mais, ils me firent revenir à la réalité. Je n'étais pas là pour admirer le paysage.
    Après plusieurs kilomètres, j'aperçut enfin ce que je voulais.
         - Arrêtez la voiture, ordonnai-je
    Un homme était perché sur un arbre, assez haut. Une lionne rôdait autour, essayant de grimper de temps à autre, mais sans succès.
         - Je pense que nous l'avons retrouvé. Passez-moi un fusils!
    J'épaulais, et me concentrais sur ma cible. La lunette me permettait de voir la lionne comme si j'étais à côté d'elle.
    Je tirais un coup et le bruit se répercuta dans la savane, faisant s'envoler plusieurs oiseaux.
    La lionne s'éloigna. Je ne l'avais pas blessé, je voulais juste lui faire peur.
         - Rapprochons-nous.
    Le temps d'arriver et Ethan était descendu de l'arbre.
         - On te dépose quelque part? demandais-je, moqueuse.
    L'homme regarda la savane, désenchanté. Il n'avait pas le choix, mais restait mauvais perdant. En hochant la tête, il s'assit à côté de moi.
    Nous reprîmes notre route.
    Voyant un papier dépassé de la poche de sa chemise, je le prit en disant:
         - Je reprends ce qui m'appartient.
    Ethan me regarda, sans rien dire, et ne fit pas mine de s'opposer.

    (à suivre…)

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  • Commentaires

    1
    Mardi 27 Octobre 2009 à 09:24
    Il y a un bon rythme dans votre récit et surtout vous savez écrire; la langue est belle.
    2
    nrd
    Mercredi 4 Novembre 2009 à 15:04
    Voilà un message qui me va droit au coeur,
    Je suis vraiment touchée par cette appréciation.
    Merci beaucoup!
    Nadège.
    3
    nrd
    Mardi 26 Janvier 2010 à 19:15
    Merci beaucoup Loualili
    4
    nrd
    Mardi 26 Janvier 2010 à 19:16
    Non, il n'y a pas de dates précises. Cette histoire n'est malheureusement pas terminée et je ne sais pas quand je pourrais m'y remettre
    5
    nrd
    Mardi 26 Janvier 2010 à 19:19
    Vous ne m'embêtez pas du tout, je suis très flattée de l'intérêt que vous portez à mes écrits.
    Pour suivre ce que j'écrits, il suffit de vous inscrire à la Newsletter.
    Bises (^_^)
    6
    Mercredi 24 Février 2010 à 09:59
    J'ai une petite préférence pour cette histoire lol j'aime bcp le tempérament du personnage féminin!
    7
    nrd
    Mercredi 24 Février 2010 à 19:57
    Merci AngelStef
    Aujourd'hui, j'ai écrit un petit passage d'une nouvelle histoire, un peu futuriste avec des pirates de l'espace et tout ça, et l'héroïne aura aussi de la répartie
    8
    Samedi 12 Juin 2010 à 13:49
    J'aime beaucoup, cette histoire me rappelle une vielle série de M6 : Sydney Fox l'aventurière, j'adorais cette série alors forcement tout ce qui me la rappelle ;-p

    J'ai adoré la présentation de ton personnage et je n'ai pu retenir un rire devant l'expression
    "brunette au QI negatif"

    Ton style est génial et pas une faute, non franchement félicitation.

    Le seul bemole peut être, tes articles sont un peu longs.
    9
    nrd
    Samedi 12 Juin 2010 à 15:08

    Merci beaucoup pour tes compliments! (♥‿♥)

    Je me rappelle en effet Sydney Fox, c'était sympa comme série

    Mes articles sont longs? c'est à dire? Tu penses qu'il faudrait que je coupe mon histoire en petits morceaux pour une lecture plus facile?

    A bientôt!

    10
    Samedi 12 Juin 2010 à 15:21
    C'est ce que nous faisons, après avoir interroger nos lecteurs ils nous ont dit qu'ils préféraient les articles courts aux articles plus longs. Et je dois avouer qu'en tant que lectrice j'ai la même opinion qu'eux, rester trop longtemps concentrée sur un texte me fatigue, c'est plus simple avec les articles courts qui permettent de lever le nez. Mais après ce n'est qu'un avis.
    11
    nrd
    Samedi 12 Juin 2010 à 18:38

    Ah non, je comprends!

    Je n'y avais jamais pensé en fait... j'avais déjà vu faire, mais je ne comprenais pas... et en y réfléchissant, c'est vrai que ça doit être plus facile à lire

    Par contre, je ne sais pas quelle longueur mettre? Un conseil?

    Merci pour cet échange!

    12
    Samedi 12 Juin 2010 à 19:31
    De rien je pense que c'est en s'aidant qu'on progresse surtout que vu la qualité de ton texte c'est la seule chose ou je peux t'aider.
    Nous nous essayons de couper à une page environ, selon l'intrigue et nos envies de dévoiler l'histoire. Mais bon c'est juste que c'est plus simple visuellement sur le traitement de texte.
    13
    nrd
    Lundi 14 Juin 2010 à 09:39

    Merci pour mon texte (♥‿♥)

    1 page? d'accord, je note

    Pour mes prochains écrits que je publierais, je tâcherais de morceler mon texte pour plus de lisibilité (^_^)

    Merci encore pour tes conseils (^_^)

    14
    Mardi 31 Août 2010 à 12:12

    Et voilà, 1 page!

    J'ai remodelé presque toutes mes histoires grâce à toi et c'est vrai que c'est plus lisible (^_^)

    Tu peux constater la différence en cliquant sur "Mes écrits"

    15
    loualili
    Samedi 7 Juin 2014 à 15:27
    j'aime beaucoup le sujet de ta nouvelle, ça fait rêver d'aventure, ça change. ton style d'écriture rend le récit dynamique et ça j'aime bien.
    16
    loualili
    Samedi 7 Juin 2014 à 15:27
    ah voila, je cherchais le mot, ton style donne du peps. Continue dans la même lancée. quand devrais- je espérer une suite, y a t-il des dates précises?
    17
    loualili
    Samedi 7 Juin 2014 à 15:27
    encore moi désolé, je vous laisse mon adresse mail pour avoir des infos sur os prochaines publications; désolée si je vous embête.
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