• Histoire sans titre du 19 Décembre

    © Victorien Grébent
    Histoire du 19 Décembre 2012 - Sans titre « Bon Dieu ! Elle s’était encore fait la malle ! »
    Chris traversa le couloir au pas de course. Cette gamine commençait à lui taper sur le système !
    Quelle bonne idée de devenir son parrain ! Elle lui en faisait voir de toutes les couleurs !
    Ils croisa plusieurs personnes mais ne s’arrêta pas pour discuter.
    Il fallait absolument qu’il la rattrape avant qu’elle s’échappe et qu’elle se mette en danger une fois de plus.
    Il rentra en trombe dans la chambre qui se situait tout au bout du couloir.
    Elle sursauta et regarda une dernière fois les vêtements dans l’armoire face à elle. Elle referma lentement la porte et lui fit face.
    D’un air dédaigneux, elle montra ses jambes :
    — Tu permets que je m’habille ?
    Chris avisa ses jambes nues. Elle était en culotte et t-shirt.

     

    Il s’approcha, l’attrapa rudement par le bras, et la tira hors de la chambre.
    — Tu commences à me gonfler sérieusement, lança-t-il en la tirant derrière lui.
    — Eh ! Tu vas me lâcher, oui !?!
    Nell essaya de dégager son bras, mais la poigne de Chris était beaucoup trop solide pour se défaire comme ça.
    Elle se fichait éperdument des gens qui les regardaient traverser le couloir.
    Ce n’était pas la première fois qu’elle faisait une esclandre… ni la dernière, elle y comptait bien !

    Après un dédale de couloirs – ce qu’il était monotone ce centre de redressement ! – il s’arrêta devant une porte, l’ouvrit et la balança à l’intérieur.
    Nell se rattrape de justesse au lit manquant de tomber.
    Elle se redressa de toute sa taille, et lui fait face, menton levé, insolente.
    — C’est quoi ton problème ?! demanda Chris.
    — Je n’ai aucun problème ! cria Nell. Pourquoi es-tu toujours derrière moi ?!?
    — Je suis ton parrain ! scanda Chris
    — Mon parrain de quoi ?! Tu sers à rien ! J’ai pas besoin de toi !
    Chris fit un pas en  avant, menaçant.
    Nell recula, persuadée qu’il allait la gifler.
    L’autre prit une inspiration et pointa un doigt sur sa poitrine.
    — Tu restes ici, ordonna-t-il. Interdiction pour toi de sortir de cette pièce. Si je te vois dehors, je te…
    — Tu me quoi ?! intervint Nell, furieuse. Va te faire voir ! hurla- t- elle alors qu’il claquait la porte.
    — Punie ?! Non mais, je rêve, fit- elle une fois seule. Dix neuf ans, et il croit qu’il va me punir dans ma chambre comme une gamine !
    Décidée à lui clouer le bec, elle se dirigea vers la porte et sortit.
    Chris appuya la tête contre le mur et soupira.
    « Je vais finir par la tuer » pensa- t- il.
    Pourquoi était- elle aussi têtue et décidée à s’enfuir, alors qu’il n’y avait que des ennuis qui l’attendaient dehors…
    Une porte claqua non loin derrière lui.
    Il leva la tête, les sourcils froncés.
    « Non, elle n’aurait pas osé », se dit- il.
    Il fit quelques pas vers la chambre de Nell. Il tournait à l’angle quand il la vit partir en courant.
    La colère – ainsi que la peur – montèrent immédiatement en lui.
    Il était son parrain mais il n’arrivait à rien avec elle. Il était censé l’aider, la guider et pas se disputer avec elle et lui courir après (littéralement !) à longueur de journée.
    Il la vit rentrer dans la même chambre que tout à l’heure.
    La seule qui possédait une fenêtre sans barreau, permettant de s’échapper du centre.
    Il courut derrière elle, mais elle avait déjà beaucoup d’avance.
    Quand il arriva enfin dans la chambre, il la vit sauter par la fenêtre.
    Pestant, il la suivit à toute vitesse.
    Mais elle, elle était fine, souple et vive. Lui, il manqua de se vautrer dans le parterre de fleurs devant la fenêtre.
    — C’est pas vrai ! cracha- t- il.
    Il se redressa et la vit tourner au coin du bâtiment.
    Elle était peut- être agile pour sauter d’une fenêtre, mais lui courait vite.
    Il s’élança à toute vitesse.
    Si elle réussissait à passer les grilles du centre, il était fichu.
    Arrivé au coin, il la vit à quelques mètres. Il accéléra l’allure et au moment où elle s’élançait sur la pelouse, la plaqua au sol.
    L’herbe amortit le choc… en partie.
    La chute coupa le souffle de Nell.
    Elle donna des coups de pieds pour se dégager, mais Chris tenait bon.
    Attrapant fermement sa taille, il la tira d’un bloc sous lui et la retourna.
    Nell souleva le bassin pour tenter de se libérer, mais Chris se pencha en avant de tout son poids, attrapa ses poignets et la plaqua brutalement au sol.
    Tous deux essoufflés, ils se fixèrent sans rien dire.
    Elle avait les yeux d’une couleur différente. De loin, cela se voyait légèrement, mais de près, la différence était flagrante.
    Les yeux de Chris lançaient des éclairs, ceux de Nell arboraient une lueur narquoise, ce qui eut le don de l’énerver encore plus.
    — Espèce d’idiote ! lança- t- il. Tu pensais aller où comme ça ? Tu n’es même pas habillée !
    Nell haussa les épaules… ou du moins tenta de le faire vu qu’il bloquait tout mouvement de sa part en maintenant fermement ses bras au sol.
    — N’importe où, où je ne verrais plus ta sale tronche, cracha- elle avec hargne.
    Chris secoua la tête.
    — Tu l’auras cherché, finit- il par dire en la tirant par le bras pour la remettre sur pieds.
    Nell fronça les sourcils.
    Que voulait- il dire par là ?

    Il la traîna de force vers le centre. Nell touchait à peine le sol, trébuchant à chaque pas.
    Pieds nus, elle se fit mal plusieurs fois mais serra les dents sans rien dire.
    Depuis qu’il était son parrain, elle lui avait fait des tas de coups tordus, elle le savait.
    Mais là, il semblait vraiment furieux. Prêt à lui coller une raclée.
    Nell respira un bon coup.
    « Et alors, pensa- t- elle. Serra les dents, et encaisse. T’as vu pire ! »

    Les couloirs du centre étaient devenus déserts. Comme si tous les gamins avaient été obligés de rester dans leur chambre pour ne pas assister à ce qui allait se passer.
    Nell sentit son estomac se nouer.
    C’était plus fort qu’elle. On ne montre pas le pire, on le cache. Elle avait connu ça toute son enfance. Et ça recommençait.
    Voilà pourquoi elle voulait à tout prix partir. Même ici, elle n’était pas à sa place. Pas plus en sécurité qu’avant.
    Ce qu’elle craignait était en train d’arriver et elle n’avait pas été assez rapide (ou assez forte) pour s’échapper avant.
    Elle vit la porte de sa chambre plus vite qu’elle ne l’aurait souhaité.
    Elle regarda une dernière autour d’elle, dans l’espoir de trouver de l’aide.
    Mais il n’y avait personne.
    Chris ouvrit la porte, la balança encore une fois à l’intérieur, rentra et ferma à clé.
    Nell se tint à distance, épaules rentrées, un pied en avant, prêt à combattre s’il le fallait.

    Chris fronça les sourcils.
    Il connaissait cette position. C’était celle de gosses battus qui étaient prêts à en découdre pour se défendre.
    Sa colère s’estompa un peu et il croisa les bras sur sa poitrine.
    — Tu pensais à quoi en faisant ça ?
    Nell ne répondit rien.
    — Tu te rends compte que tu es la seule recrue avec laquelle on ait autant de problème ?
    Silence.
    Chris passa une main sur son visage, et soupira.
    — Tu as entendue parlé des recrues de classe 5 ? Parce que c’est ce que tu vas devenir…
    Nell gardait toujours le silence.
    Chris haussa les épaules.
     Va te doucher, ordonna- t- il.
    — Pas avec toi, ici, rétorqua la jeune fille.
    — Tiens, tu as retrouvé ta langue ?! Va te doucher ! ordonna Chris une seconde fois en ignorant l’objection de la jeune fille.
    Comme elle ne faisait pas mine de bouger, il s’avança vers elle.
    Nell leva les avant- bras, prête à recevoir le coup.
    Il ne fit que la pousser lentement vers la salle de bain adjacente.
     N’espère pas que je m’en aille. Je te l’ai dit : tu deviens une classe 5 maintenant. Tu voulais la paix, et bien, tu as tout perdu. A partir d’aujourd’hui, tu m’auras sur le dos toute la journée… et toute la nuit. Je ne vais pas te lâcher d’une semelle… jusqu’à ce que tu abandonnes.
    Nell entra dans la salle de bain.
    — Tu peux toujours rêver… murmura- t- elle avant de fermer la porte.
    Chris secoua la tête.
    Même dans la défaite, elle ne lâchait pas prise. Incroyable.
    Il n’avait jamais eu à faire avec ce genre soucis.
    Depuis qu’il travaillait dans ce camps de ré- insertion, il avait vu beaucoup de gamins paumés et agressifs. Mais elle, elle battait des records !
    Il en était presque à préférer ses années dans les marines.
    Il s’assit devant la porte de la salle de bain. Cette dernière n’ayant pas de fenêtre, elle serait obligée de lui marcher dessus si elle voulait passer.

    L’eau chaude coula agréablement sur sa peau.
    Nell se rendait à présent compte à quel point elle avait été tendue.
    Ses muscles se dénouant, elle ressentit une immense fatigue. Elle ferma les yeux et leva le visage vers le jet d’eau.
    Elle attrapa le savon et entreprit de laver ses pieds noirs de terre et son ventre couvert d’herbe.
    L’odeur savonnée du lait d’avoine apaisa ses sens.
    Elle n’avait plus qu’une envie : plonger sous sa couette et dormir tout son saoul.
    Elle réfléchirait demain à tout ce qu’il s’était passé : son évasion ratée – plutôt ses évasions avortées – la menace de Chris, l’histoire des classe 5. Et tout le reste.
    La porte bougea.
    Chris se releva aussitôt et vit le visage de Nell dans l’entrebâillement.
    Comme elle n’ouvrait pas la porte entièrement, il se demanda ce qu’elle faisait.
    Posant une main sur le battant, il s’apprêtait à pousser la porte quand elle déclara :
    — Je n’ai pas pris de vêtements propres…
    Chris fonça les sourcils.
    — Tu pourrais te retourner que je puisse prendre des vêtements ? expliqua- t- elle.
    L’autre resta quelques secondes à la sonder, puis il s’éloigna de la porte et se retourna.
    Nell sortit de la salle de bain, nue.
    Elle se dirigea vers l’armoire et tendit la main vers une culotte propre.
    Chris jeta un coup d’œil par dessus son épaule, vérifiant qu’elle ne lui jouait pas un ultime mauvais tour, et constata qu’il n’en était rien. Elle passait un pantalon de coton gris.
    Il contempla quelques instants ses courbes avant de se détourner.


    Les secondes s’égrenèrent, seulement troublées par le bruit de tissu glissant sur la peau.
    — C’est bon, annonça Nell. J’ai fini.
    Chris se retourna, bras croisés.
    La jeune fille avait enfilé un t- shirt blanc un plus du pantalon et une paire de chaussettes assorties au pantalon.
    Elle s’assit sur le lit, dos à lui, le regard dans le vide.
    Chris sortit et ferma la porte à clé derrière lui sans plus se préoccuper d’elle.

    Nell se retourna, perplexe.
    Elle se leva, se dirigea vers la porte qu’elle essaya d’ouvrir.
    Impossible.
    Il avait mis sa menace à exécution : pas moyen de sortir d’ici.
    La jeune femme soupira en s’appuyant sur la porte.
    Enfin, elle appuya sur l’interrupteur pour éteindre la lumière et baissa le store de la fenêtre.
    La chambre n’était pas totalement sombre. A travers les lattes du store, de fins rayons de lumières perçaient. Elle ne savait même pas qu’elle heure il pouvait être.
    Mais elle s’en fichait.
    La jeune fille rejoignit son lit et s’allongea, remontant l’épaisse couette jusque sur sa tête.
    Le sommeil la gagna rapidement et elle se laissa emporter par la fatigue.

    Un cauchemar la taraudait. Elle gémit doucement et se retourna.
    Une main caressa son front pour l’apaiser. Mais le cauchemar était toujours là, pesant, effrayant.
    La jeune fille commença à s’agiter, la respiration saccadée.
    Quelqu’un la tenait par l’épaule et la secouait. Il fallait qu’elle se dégage.
    Si elle ne s’échappait pas, elle était morte.
    Elle en était sûre.
    Nell se releva brusquement en criant et frappa la main qui tenait son épaule.
    En sueur, les yeux grands ouverts, elle vit alors l’homme assis près d’elle sur le lit.
    La terreur la gagna de nouveau.
    Elle hurla de rage et commença à se débattre comme une tigresse, frappant au hasard devant elle.

    Chris encaissa les coups sans rien dire. Il voyait bien qu’elle était en plein cauchemar et qu’elle ne l’avait pas reconnu.
    Il retint cependant ses poings pour éviter qu’elle ne lui démonte la mâchoire. Elle frappait fort pour une fille !
    Il essaya de l’apaiser en l’appelant doucement.
    — Chut… Chut… Du calme… C’est moi, Chris… Tu fais un cauchemar… Nell…
    La jeune fille se figea au son de sa voix, incertaine.
    Chris en profita pour allumer la petite lampe posée sur une tablette à côté du lit.
    Eblouie par la lumière, Nell eut un mouvement de recul.
    — Est- ce que ça va ? demanda Chris, visiblement inquiet. Tu étais en plein cauchemar. J’ai essayé de te réveiller, mais…
    Nell secoua la tête, se détourna et s’assit complètement sur le lit.
    Son regard alla de la fenêtre à Chris, puis de Chris à la fenêtre.
    Il faisait noir à présent dehors. Plus aucune lumière ne perçait à travers le store.
    Combien de temps était- il parti ?
    Impossible à dire, vu qu’elle avait perdu la notion de temps depuis sa première tentative d’évasion.
    Elle remarqua le sac, posé à côté du lit.
    Suivant son regard, il expliqua :
    — Classe 5, n’oublie pas. A partir de maintenant, je reste avec toi jour et… nuit.
    Les dernières brumes de cauchemar s’évaporant, Nell commença à prendre conscience de ce que cela voulait vraiment dire.
    Elle voulut se recoucher, dos à lui, mais sa main droite était entravée.
    Elle fronça les sourcils et tira. Ce qui provoqua le rapprochement de Chris.
    Nell leva son poignet et regarda la lanière de cuir qui l’entourait et la rattachait à la main de Chris.
    — Qu’est- ce que…
    J’ai pas envie que tu te fasses la malle pendant que je dors, rétorqua ce dernier, d’un air sérieux.
    Nell secoua sa main.
    Mais on ne va tout de même pas rester attachés comme cela ?! s’insurgea- t- elle.
    Chris fit la grimace.
    — J’ai bien peur que si…
    Nell grogna une insulte bien sentie, et se recoucha brusquement… ce qui eut pour effet d’attirer Chris vers elle.
    Ce dernier haussa les sourcils et s’allongea sur le lit pour dormir à côté d’elle.
    — C’est mieux comme ça… murmura- t- il.
    Il laissa sa main entre, tandis que Nell gardait la sienne dans son dos pour éviter qu’il ne l’enlace si elle la ramenait sur sa poitrine.
    Faisant semblant d’être à l’aise, elle essaya de se rendormir.

     

    [...] à suivre...

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